Formés en 1992 à Jönköping, en Suède, The Cardigans se font d’abord connaître avec une pop sophistiquée, entre rock, folk et sonorités rétro, portée par la voix douce et distante de Nina Persson. Sorti en 1996 sur First Band on the Moon, Lovefool est écrit par le guitariste Peter Svensson et Persson, puis transformé par le producteur Tore Johansson : à la bossa-nova initialement envisagée succède un rythme disco qui donne au morceau son allure légère.
Les paroles sont pourtant beaucoup moins légères : Persson y incarne quelqu’un qui sait que l’amour de l’autre lui échappe, mais qui lui demande quand même de mentir, quitte à préférer l’illusion à la rupture (le fameux « Love me, love me / Say that you love me »). Le morceau prend une dimension internationale après son utilisation dans Romeo + Juliet de Baz Luhrmann, devenant le plus grand succès des Cardigans et, paradoxalement, celui qui a le plus longtemps masqué le virage plus sombre et expérimental que le groupe allait prendre ensuite.
Après le succès de Lovefool, les Cardigans vont justement prendre leurs distances avec l’image de groupe pop légère que le morceau leur a collée. Avec Gran Turismo en 1998, ils durcissent leur son : guitares plus sèches, boîtes à rythmes, basses plus lourdes et climats nettement plus sombres, à l’image de My Favourite Game et Erase/Rewind. Nina Persson abandonne peu à peu son personnage de chanteuse ingénue, tandis que le groupe assume une écriture plus froide et plus abrasive (remember aussi le clip de My Favorite Game). Lovefool apparaît alors moins comme la définition des Cardigans que comme le morceau qui les a rendus célèbres au moment même où ils étaient déjà en train de changer de direction.


