Culte des années 2000 : Aaliyah – « Try Again »

En 2000, Aaliyah n’est déjà plus tout à fait une chanteuse de R&B. Elle semble venir d’un endroit légèrement décalé du présent, comme si elle avait reçu par erreur quelques années d’avance sur tout le monde. Avec Try Again, morceau phare de la bande originale de Romeo Must Die, mais qui existe par lui-même, multidiffusé sur les radios, il y a sa voix douce qui flotte au-dessus d’une production de Timbaland faite de silences, de cliquetis, de basses élastiques et de sons qui semblent surgir puis disparaître avant même qu’on ait eu le temps de les identifier. Là où le R&B des années 1990 aime souvent exhiber la performance vocale, Aaliyah fait exactement l’inverse. Elle ne force jamais. Elle glisse. Son chant, feutré, presque indifférent, paraît absorber les étrangetés de la production plutôt que lutter contre elles.

Le morceau est écrit par Timbaland et Stephen « Static Major » Garrett, issu lui aussi de l’orbite du collectif Swing Mob qui avait contribué à faire émerger cette nouvelle génération du R&B. L’idée initiale de Static Major était simple : faire de Try Again une chanson sur la persévérance. Le titre reprend d’ailleurs une formule vieille comme les échecs amoureux : si ça ne marche pas du premier coup, recommence. Mais les paroles finissent par prendre la forme d’un jeu de séduction plus ambigu : Aaliyah ne dit ni oui ni non, elle laisse l’autre insister, patienter, faire ses preuves : « This ain’t a yes, this ain’t a no ». Dès les premières secondes, les percussions semblent arriver de travers, les sons se répondent dans l’espace, les synthétiseurs évoquent autant la science-fiction que les clubs électroniques. Le producteur parseme le morceau de petits accidents sonores, de respirations, de voix murmurées, de rythmes qui se contractent puis repartent, tandis qu’une ligne de basse au caractère très 909 donne au tout cette pulsation étrange, à mi-chemin entre le R&B, le hip-hop, la techno et quelque chose de beaucoup plus difficile à nommer. Même l’introduction, qui reprend une phrase de I Know You Got Soul d’Eric B. & Rakim, ressemble à une déclaration d’intention : après avoir tant donné, Timbaland revient avec un nouveau « dope beat ». Et il tient parole.

Le clip de Wayne Isham prolonge cette esthétique irréelle : miroirs, plateformes suspendues, chorégraphies presque sans gravité et Aaliyah, transformée en apparition glamour au milieu d’un décor qui semble ne tenir à aucune époque. Avec Try Again, elle obtient son premier, et hélas unique, numéro un au Billboard Hot 100. La chanteuse est décédée en août 2001, à seulement 22 ans.

Les articles les plus lus

Les dix meilleurs films de 2026 (pour le moment…)

Quels sont les films vus, critiqués, aimés (et moins...

Le thriller romantique queer « The Serpent’s Skin » de Maio Mackay dévoilé dans une bande-annonce prometteuse

Une bande-annonce vient d’être dévoilée pour The Serpent's Skin,...

« Crystal Lake » : la franchise horrifique « Vendredi 13 » déclinée en série

Les studios A24 et la plateforme Peacock ont dévoilé...

Culte des années 2000 : The Detroit Experiment – « Think Twice »

En 2002, Carl Craig enregistre une nouvelle version de...

« Salvation » de Emin Alper : recette pour un massacre

Avec Burning Days (2022), sorte de Réveil dans la...

Culte des années 2000 : Freezepop – « Less Talk More Rokk »

Au milieu des années 2000, Freezepop commence à changer...

Culte des années 90 : Mos Def – « May-December »

Surprise : après seize titres, Mos Def termine Black...

Culte des années 90 : Laika – « Almost Sleeping »

Le groupe Laika se forme à Londres en 1993...

Culte des années 80 : Cameo – « Word Up »

Une batterie électronique sèche, une basse qui cogne, quelques...

Culte des années 2010 : Red Axes – « Papa Sooma »

Papa Sooma s’ouvre sur quelques notes de clavier, une...
spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!