Culte des années 2010 : Alan Braxe – « Words »

Après avoir passé une partie des années 2000 à cultiver, avec Fred Falke, une certaine idée de la French Touch (on se souvient, évidemment, de son génial Intro), Alan Braxe revient en 2019 avec The Ascent, son premier EP en six ans. Au milieu des quatre morceaux, Words ressemble presque à une expérience de laboratoire : une ligne de synthétiseur douce et suspendue, quelques pulsations électroniques et surtout une voix qui semble parler sans véritablement parler. Après avoir drastiquement réduit son installation, le producteur décide de composer à partir d’un synthétiseur modulaire Buchla, avec l’idée de retrouver une relation plus instinctive avec les machines. « Moins, c’est plus », résume-t-il alors, en opposition à une musique électronique parfois obsédée par l’accumulation.

Mais les Words du titre ne sont pas vraiment celles de Braxe. Elles viennent de Ryan Diduck, journaliste musical canadien dont le producteur avait lu un article consacré aux vingt ans de Music Sounds Better With You, le tube de Stardust dont Braxe était l’un des architectes. Après l’avoir contacté, Braxe lui demande une liste de « resonant words » destinée à devenir la matière première d’un nouveau morceau. Diduck lui envoie ses mots, et Braxe les fait passer dans une application de synthèse vocale sur iPhone avant de les transformer avec du pitch-shifting, du delay et de la compression. Le résultat est volontairement ambigu : les mots semblent vouloir dire quelque chose, mais leur sens importe moins que leur texture. Braxe explique avoir fait défiler aléatoirement une liste de quarante ou cinquante mots sur un séquenceur, puis retenu les fragments qui lui semblaient avoir une forme de sens, sans chercher à transmettre un message précis. En résulte un titre bien chaos, dans une atmosphère plus douce, presque contemplative, portée par des synthés aériens et cette voix robotique qui flotte comme un souvenir mal traduit.

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