Au cœur des quartiers pauvres de Jakarta, se trouve une citadelle imprenable dans laquelle se cache le plus dangereux trafiquant du pays. Une équipe de policiers d’élite est envoyée donner l’assaut lors d’un raid secret mené aux premières lueurs du jour. Mais grâce à ses indics, le baron de la drogue est déjà au courant et a eu amplement le temps de se préparer. A l’instant où le groupe d’intervention pénètre dans l’immeuble, le piège se referme : les portes sont condamnées, l’électricité est coupée et une armée d’hommes surentrainés débarque. Piégés dans cet immeuble étouffant, les policiers vont devoir se battre étage après étage pour avoir une chance de survivre.
Après Merantau, un deuxième essai plutôt remarqué sans être remarquable, le gallois Gareth Evans poursuit sa route en Indonésie avec The Raid. Il y retrouve Iko Uwais star montante du cinéma d’action rompue à l’art martial du Silat. Dans la même veine de terreur urbaine, le second film du duo a fait grand bruit dans tous les festivals dans lesquels il est passé jusqu’à remporter le prix du public à Toronto. Un honneur mérité tant cette oeuvre sous influence renouvelle le cinéma d’action. Avec du coeur et beaucoup de tripes.
Perdus dans un dédale de corridors, livrés à eux-mêmes sans possibilité de renforts et pris en chasse par une horde de fous furieux adeptes de la machette, les policiers du Raid sont rapidement en état d’urgence. Rarement on avait vu une première partie aussi intense dans ses gunfights et sa science de l’espace. Gareth Evans a digéré les longs-métrages de John Carpenter, Tsui Hark, John McTiernan, John Woo ou encore Sam Peckinpah pour accoucher d’une oeuvre toute personnelle. En plongeant ses héros dans l’obscurité, le réalisateur fait naître un crescendo d’angoisse avant un déferlement continu d’assauts et de fureur.
Gareth Evans se sert de tous les éléments de la tour infernale pour bâtir une architecture du vice où chaque recoin apparaît comme mortel. Le réalisateur puise dans les lieux ou objets du quotidien (un escalier, un couloir, une fenêtre…) pour se projeter dans une violence inouïe et une rapidité d’exécution qui donne le tournis. The Raid tire son incroyable vitalité cinématographique de l’inventivité débordante du cinéaste pour transcender, varier et nuancer graphiquement les chorégraphies. Surtout, il parvient à trouver un juste équilibre entre dynamisme de la shaky camera et la clarté des combats.
On ne s’attardera pas sur l’intrigue en elle-même, mêlant promesse familiale et corruption policière. Le scénario propose une suite de séquences brutales et sans pitié entrecoupées de quelques pauses où les combattants font de leur mieux pour paraître crédibles en tant qu’acteurs. Si des longueurs viennent perturber l’excellence de la rythmique dans le denier quart du film, The Raid reste un pur hommage au genre, une pellicule sauvage qui semble faire vieillir brutalement plusieurs oeuvres de cinéma d’action.

