[CRITIQUE] RECONSTRUCTION de Christoffer Boe

Un homme et une femme se rencontrent pour la première fois à Copenhague. Ensemble, ils passent une nuit parfaite et tentent ensuite désespérément de se libérer de la satisfaction suffisante de leurs vies respectives et de tout risquer pour être ensemble.

Le film commence par une scène montrant le tour de magie d’un illusionniste qui parvient à maintenir une cigarette en l’air entre ses deux mains. On retrouvera ce même magicien plus tard dans une séquence cruciale qui sera fatale pour les protagonistes. Chez un David Lynch, cet homme pourrait être l’incarnation parfaite de l’inconnu étrange (le cow-boy dans Mulholland Drive, l’homme en noir dans Lost Highway) qui vient brouiller les pistes ou accessoirement les clarifier. Tout le film baigne dans une atmosphère noire et polardeuse, accompagnée d’une musique classique rassurante et mélancolique qui ne semble pas en adéquation avec le propos.

A la base, le film nous propose les parcours de deux couples distincts qui sont chacun à la recherche de l’amour et qui, suite à cette quête, tentent de trouver un sens à leur vie. En réalité, ce postulat de base induit le spectateur en erreur et fausse sa perception sur le film. A la vue des premières images, on pourrait croire qu’il s’agit d’une histoire de double, de fantômes, d’univers parallèles tortueux… Reconstruction est en fait un vaudeville comique et absurde sur la difficulté d’aimer et de rester constant. Cela peut être pris comme un canular mais Reconstruction ne cherche pas à être cynique. En dépit de ses thèmes (les affres de la création, la difficulté d’accepter et de montrer ses sentiments, les angoisses existentielles, le doute sur la confiance de la personne aimée, les manipulations en tout genre), il s’avère même naïvement romantique. Pour preuve, son intrigue se cristallise autour du thème de l’amour fou et de son inaccessibilité.

Finalement, le réalisateur fait son In the Mood for Love à lui et transforme une histoire simple en un labyrinthe spatio-temporel complexe dans lequel plus rien ni personne ne semble s’y trouver. Il multiplie les plans serrés sur le visage et les parties du corps de ses acteurs avec une sensualité et un érotisme charnels. C’est même lors de cette belle (mais froide) scène de lit où deux amants se donnent du plaisir qu’on se rend compte que le monde des personnages est le reflet de leurs humeurs. Quand ils ne sont pas fâchés, ils baignent dans le bonheur. Ce qui justifie alors un temps clément et une luminosité extrême.

C’est dans cette ambivalence entre le jour et la nuit, le blanc et le noir, la froideur et la chaleur, le clair et le sombre que Reconstitution tire ses meilleurs moments. Les accents oniriques («je suis dans votre rêve, vous êtes le mien») ne servent qu’à maintenir le suspense. Ce sont des digressions un peu artificielles, mais elles parviennent à faire douter le spectateur sur ce qu’il est en train de voir. Subtilement, Christoffer Boe passe au hachoir les codes du film fantastique par l’intermédiaire de dialogues, simples et prosaïques, et de mises en abyme complexes à travers des formes artistiques variées comme la photographie, la littérature et la magie. S’il contrôle les rebondissements de son histoire, il se distingue également par une maîtrise formelle (cadre, espace, profondeur de champ), des idées farfelues mais répétitives (des plans géographiques pour situer les personnages) et un style élégant.

Au final, ce sont les personnages, cadenassés dans un système pervers, qui sont les plus émouvants. Par exemple, le personnage principal est un jouisseur qui profite de son physique et de son charme pour coucher avec des filles, les abandonner aussitôt et les rendre malheureuses. A la suite d’un adultère, il va apprendre à ses dépens les lois du désir amoureux et du déterminisme. Selon l’écrivain, le mari cocu, l’amour est perçu de manière différente chez les hommes et les femmes : pour les femmes, aimer n’est pas une nécessité; pour les hommes, il s’impose comme un choix. Sa distinction appuie sa propre conception de l’amour qui se rapproche de l’hybris des tragédies grecques, à savoir d’un amour à la fois fou et absolu. Trop pudique pour avouer ses sentiments, il le fera par l’intermédiaire de la littérature. C’est un exemple qui appuie la supériorité de l’écrit sur l’oral dans le sens où l’écriture peut permettre à des gens d’exprimer des sentiments qu’ils ne pourraient pas formuler oralement. Il y a un vrai plaisir à se perdre dans les méandres de cette intrigue qui simule la noirceur pour retrouver la pureté des sentiments.

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