Top secret! 1981. Hubert Bonisseur de La Bath, alias OSS 117, est de retour alors que la France passe à gauche. Pour cette nouvelle mission, plus délicate, plus périlleuse et plus torride que jamais, il est contraint de faire équipe avec un jeune collègue un peu trop fan à son goût. Libre comme une radio.

Le gros problème de cette comédie estivale, c’est sa tiédeur. Après deux épisodes réalisés par Michel Hazanavicus (Le Caire nid d’espions en 2006 et Rio ne répond plus en 2009), Nicolas Bedos reprend la franchise parodique à succès OSS 117 avec Alerte rouge en Afrique noire. Du temps a passé et comme OSS, Bedos a vieilli. S’aventurer dans ces mésaventures est une belle opportunité pour lui de faire dans l’incorrect et donc de taper (un peu) sur tout ce qui gratouille en 2021. Soit de faire l’inventaire de tous ces sujets sur lesquels on ne peut plus franchement rire de nos jours mais qui dans les années 80 passaient sans filtre (ah, cette France fan de Michel Leeb). Fils du très libre Guy, Bedos, superauteur superhéros, ne compte pas faire l’impasse sur les questions du racisme, de l’héritage colonial et de la remise en cause du patriarcat, de même qu’il compte bien glisser des allusions très contemporaines sur le mouvement #MeToo ou la cancel culture qui ne collent pas franchement avec l’esprit gaulois égrillard.

Jean Dujardin, qui a bouffé de l’opprobre avec Polanski sur J’accuse, semble, lui aussi, prêt à s’attaquer au politiquement correct pour se moquer de cette prise en otage de l’humour, de la dérision, de l’esprit mauvais etc. Et, c’est manifeste dès la séquence d’ouverture, il enfile avec jubilation le costume rétro de l’espion le moins doué du renseignement tricolore pour une parfaite incarnation du mâle blanc vieillissant, balourd et dépassé. Sa nouvelle mission, puisqu’il l’accepte, c’est d’aider un dirigeant africain (le pays n’est pas précisé, peu importe aux yeux d’OSS et de ses supérieurs…) à mater une rébellion avant des élections présidentielles, bien entendues jouées d’avance. Pour ce faire, il révise ses fondamentaux, dans l’avion qui décolle de Paris, en relisant… Tintin au Congo. Mais ce cher Hubert Bonisseur de la Bath prend un gros coup de vieux: on lui adjoint du coup les services d’un jeune ambitieux, OSS 1001 (Pierre Niney, très content mais très secondaire). Bedos se moque du virilisme qui en prend pour son grade, toujours en mode caricature appuyée, avec un OSS 117 macho et homophobe, réduit à l’impuissance sexuelle et dépassé par Niney, geek métrosexuel et progressiste. Parfait pour taper dans l’oeil d’une génération woke.

Sauf que, hélas pour la subversion, le film reste dans le clous d’un épisode d’OSS, ou plutôt ici d’un De Funès des grandes vacances: nouvelles cascades bouffonnes, parodies de scènes de James Bond et saillies racistes brut de décoffrage à prendre au millième degré. Et l’on en vient à déplorer que Bedos joue à ce point la carte d’un humour tiède et très conscient de ses effets (c’est de la parodie de la parodie), plein de précaution, comme si un panneau C’EST-POUR-DE-RIRE était déployé dès que ça s’aventure dans l’humour méchant ou acide. Du coup, sa version d’OSS a le cul entre deux chaises: elle ne séduira pas ceux qui sont venus chercher de l’humour bête-et-méchant (celui des deux premiers) et ne convaincra pas non plus les autres qui pousseront des cris d’orfraie à force d’être pris pour des neuneus incapables de percevoir le second degré. C’est un film qui aimerait s’amuser mais qui, sous couvert d’on-ne-peut-plus-rien-dire etc. et de peur de voir des extraits découpés n’importe comment sur les réseaux sociaux ou sur YouTube, s’auto-censure, freine ses ardeurs irrévérencieuses, ployant sans doute sous la pression de l’époque et le poids du cahier des charges. D’où l’impression un poil embarrassante d’une grande mollesse généralisée. T.A.

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