Roy Andersson présente. Une errance onirique, dans laquelle des petits moments sans conséquence prennent la même importance que les événements historiques: on y rencontre un dentiste, un père et sa fille sous la pluie, un homme dans un bus, un couple dans un café, des jeunes qui dansent, Hitler ou encore l’armée de Sibérie… Une réflexion sous forme de kaléidoscope sur la vie humaine dans toute sa beauté et sa cruauté, sa splendeur et sa banalité.

Heureusement, il nous reste Roy. Ce qu’il y a de bien lorsque l’on découvre un film de Roy Andersson, c’est le sentiment de retrouver un vieil et bon ami, de qui l’on prend des nouvelles après une trop longue absence et/ou un trop long confinement. En d’autres termes, on sait à l’avance ce que l’on va voir (plans-séquences sophistiqués, absurde dévastateur, angoisse existentielle, mélancolie contagieuse), mais on est toujours heureux de retrouver ce cinéma-là. On est moins heureux en revanche de ré-entendre à l’avance les prévisibles griefs des détracteurs officiels qui omettront l’humour impoli du désespoir. Car l’humour, comme l’amour, sauve toujours tout dans cet univers visuel maîtrisé, parfois onirique, toujours stylisé, où s’enchâssent les paradoxes – ne soyez pas surpris si l’on passe des préparatifs de l’exécution d’un prisonnier de guerre à la danse de trois adolescentes sur une terrasse. Et le film de se regarder en survol, à la manière du couple flottant dans les airs alors que la terre sombre dans le chaos. Le spectateur est comme eux: aux aguets, invité à chercher les flammes dans la nuit noire de nos existences. Les lumières dans cet écrin gris agonisant, peuplé de monstres humains et de zombies décalcifiés, aux allures de marche funèbre ou d’apocalypse.

Pour nous donc, le plaisir pris devant Pour l’éternité vient de la simple joie de retrouver ce regard aiguisé sur le monde comme il déconne dans un kaleidoscope où se croisent différentes époques voire différentes figures, à l’instar de ce Hitler qui n’a rien à foutre là mais qui est là quand même, apparaissant dans un tableau, dans son bunker entouré de généraux trop ivres pour le saluer. Ou encore ce fil rouge du pasteur en plein chemin de croix (au sens littéral). Bref, dans la continuité d’une Annette ou d’un Titane, cela suffit à remplir notre assiette et nos envies de cinéma. Et l’on espère que Pour l’éternité ouvrira la porte à de nouveaux adeptes. Ceux qui ne connaissent pas la précédente trilogie de ce chantre du surréalisme (Chansons du deuxième étage, Nous, les vivants et Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence) découvriront ici une drôle d’excroissance avec cet absurde triste monde tragique hanté par de belles visions poétiques. C’est à chérir comme un remède contre l’horreur du monde (et dieu sait si on en a besoin). Et apprendre que tout a été tourné en studio avec trucages numériques, trompe-l’œil et miniatures rend la prouesse encore plus belle. T.A.

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