Trafic. En Iran, la sanction pour possession de drogue est la même que l’on ait 30 g ou 50 kg sur soi: la peine de mort. Dans ces conditions, les narcotrafiquants n’ont aucun scrupule à jouer gros et la vente de crack a explosé. Bilan. Au terme d’une traque de plusieurs années, Samad, flic obstiné aux méthodes expéditives, met enfin la main sur le parrain de la drogue Nasser K. Alors qu’il pensait l’affaire classée, la confrontation avec le cerveau du réseau va prendre une toute autre tournure…

La (très) bonne surprise de l’été. L’accroche du film, «L’un des meilleurs thrillers que j’aie jamais vus» par William Friedkin, avait de quoi alerter. Et vérification faite, on comprend ce qui a pu intéresser l’auteur de French connection dans ce polar que personne n’attendait, surtout en provenance d’Iran. De fait, La loi de Teheran contient plusieurs points communs avec le Friedkin sus-mentionné, à commencer par son sujet, la guerre que se livrent un flic obsessionnel et un trafiquant de drogue qui lui a toujours échappé, mais il y a aussi l’approche documentaire, sans oublier la puissance de la mise en scène qui donne lieu à certaines scènes d’anthologie. Bref, l’avis de Friedkin n’a rien d’exagéré.

Le film de Saeed Roustayi tire son exceptionnelle intensité de la réalité qu’il décrit: celle d’un pays gangréné par une dictature théocratique qui a plongé une large partie de sa population dans une misère économique et morale que seule peut soulager la drogue. Comme le trafic et la consommation sont punis de mort, autant dire que les trafiquants utilisent toute leur puissance financière pour éviter de se faire prendre. Face à eux, des flics sous-équipés et sous-payés se tirent dans les pattes. Le film raconte comment un détective obstiné veut aller jusqu’au bout pour coffrer un trafiquant jusque-là imprenable. Le préambule, une poursuite à pied qui monte en intensité avec une rapidité inouïe, annonce un thriller comme on n’en a pas vu depuis longtemps. La suite le confirme au cours d’une séquence hallucinante de rafle dans un bidonville. Comme le cinéaste ne fait pas les choses à moitié, il traite son sujet dans ses moindres implications, accumulant une substance suffisante pour alimenter une mini-série, mais qu’il a réussi à caser dans une durée de 2h11.

Sans chercher à rien cacher, Saeed Roustayi y montre le fonctionnement du système judiciaire et policier, et ses effets sur ceux qui sont chargés de l’appliquer. Le métier de gardien de l’ordre, notamment, y est présenté comme particulièrement risqué et ingrat. Etrangement, il n’y a aucune solidarité parmi les policiers, les jalousies et rancoeurs ne demandant qu’à exploser, et chacun risque de se retrouver en prison avec ceux qu’il vient de coffrer. Vu d’ici, on ne peut pas s’empêcher d’en tirer des leçons, notamment en constatant que la politique répressive des dictatures policières en matière de lutte contre la drogue n’est pas forcément un exemple à suivre. Le résultat est là: explosion de la toxicomanie, surpopulation carcérale, corruption rampante, et toute-puissance des trafiquants. Incidemment, le titre original Just 6.5, rappelle que sur une population de 83 millions d’habitants, il y a «seulement» 6,5 millions de toxicomanes en Iran. G.D.

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