[CRITIQUE] LOVE OBJECT de Robert Parigi

Kenneth, un employé de bureau très timide, se donne corps et âme à son travail. Sa petite vie demeure sans histoires jusqu’au jour où un ami lui fait découvrir un site internet où il peut commander la « femme idéale », une poupée gonflable adaptée à ses goûts. Épanoui grâce à cette nouvelle compagne surnommée Nikki, Kenneth attire le regard de Lisa, une jeune femme récemment engagée dans son entreprise. Tourmenté par tant d’attention soudaine, Kenneth va devoir choisir entre Lisa, faite de chair et de sang, et Nikki à la plastique de silicone.

Accueilli très timidement au dernier festival de Gérardmer, Love Object mérite mieux que sa réputation de sous-May même si effectivement certains éléments font penser au film de Lucky McKee. Tout d’abord, dans sa thématique (personnage timide qui recherche secrètement l’amour, cristallisation de l’être idéal, angoisse souterraine de se lancer dans une relation et de ne pas être à la hauteur) ; puis dans sa forme (la chronique sociale qui lorgne progressivement vers l’horreur avec crise d’hystérie, effets grand-guignolesques et excès gore); enfin, dans son interprétation (Desmond Harrington réussit le même tour de force qu’Angela Beatis en rendant palpable la vulnérabilité, la folie et la tristesse d’un personnage réduit à la solitude par son inaptitude à s’adapter à la société). Dans un univers confiné (un bureau étroit) et une mégalopole étouffante (bretelles d’autoroutes, buildings envahissants, sorte de capharnaüm mental du protagoniste), la vie de Kenneth se résume à son boulot. Point barre.

Deux arrivées imprévues vont bouleverser son existence: Lisa, une jeune assistante blondinette fraîchement débarquée, et puis, Nikkie, une poupée gonflable qui va devenir l’objet de désir idéal auquel Kenneth donne tout l’amour qu’il n’arrive pas à transmettre. C’est un premier pas qui va le pousser à démarcher auprès de Lisa. Cela se fait sans difficultés : si la demoiselle multiplie les regards allumeurs et les sourires, c’est pour mieux laisser transparaître une envie de baiser, une excitation, un besoin fou de trouver une épaule solide pour se reposer. La première partie du film se consume au gré des valses-hésitations sentimentales de Kenneth et de la liaison platonique, brûlante qui s’instaure entre Lisa, Nikkie et lui-même. Un vaudeville au triangle amoureux improbable et fantasmé, avec des moments d’intimité où Kenneth habille sa poupée, la soigne, lui montre Le patient anglais, essuie ses larmes… Façon de se préparer avant d’attaquer Lisa.

Si les personnages secondaires appartiennent tous aux archétypes (patron atrabilaire, collègues lourdement portés sur les blagues de cul…), Udo Kier se distingue dans un rôle de voisin étrange qui recherche désespérément de la compagnie et assiste, muet, derrière un mur, à la descente aux enfers de Kenneth. La suite du récit est peut-être plus inégale d’autant que le climax n’est pas spécialement brillant (mal amené à grand renfort de raccourcis psy, mal bricolé faute d’être tendu et maîtrisé comme il faut). Pourtant, si le résultat s’abîme par intermittences dans les ornières du Grand Guignol, il n’en reste pas moins qu’il demeure surprenant, jusqu’à son terme, avec une conclusion noire, amorale et impertinente que le spectateur aura le plaisir de goûter selon sa sensibilité.

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