S’il parle du désir dans tous ses états et de tueur en série, le réalisateur Alain Guiraudie désamorce la tension horrifique ou anxiogène par le grotesque et un style qui n’appartient qu’à lui. Si, dans le lac, se cache un silure (poisson d’eau douce) fantasmé en monstre; si, dans les bois, des hommes succombent à des étreintes; si, ailleurs, un tueur en série rode et assassine ses proies, tout est tourné en dérision que ce soit dans les dialogues, les situations ou même les personnages (qu’est-ce donc que ce flic qui enquête et hante les lieux avec une démarche maladroite?).
Des questions se posent : comment résister à la tentation? Comment une personne peut effrayer et exciter en même temps? Pourquoi le désir fait peur? En s’attachant à plusieurs personnages (parmi eux, on citera le génial Henri, hétéro-homo confus et bedonnant, complexé par son physique et tellement attachant, émouvant etc.) à la recherche d’abandon, de sexe ou d’une caresse, le film parle aussi des (bons ou mauvais) accidents que l’on fait dans une vie. Des (bonnes ou mauvaises) rencontres.
Guiraudie traite ouvertement et sans pudibonderie la sexualité entre hommes – quelques scènes explicites expliquant une interdiction aux moins de seize ans – mais de manière tellement joyeuse et sensuelle, touchante et absolument pas agressive, reflétant le tumulte, l’envie et le manque. La mise en scène traduit, avec une intense subtilité, le labyrinthe des passions, la peur de s’abandonner, la déambulation hypnotique où chaque chose est source de plaisir et en même temps source d’angoisse, les peurs primaires (la forêt, la nuit qui tombe, les créatures venues du lac). Bref, tous les vacillements perceptibles du protagoniste. Et ce que l’on oublie de dire, aussi, c’est à quel point « L’inconnu du lac » est un grand film d’amour fou. Amour-fou, amour-passion, amour-ami, amour-amant et amour-à-mort. Une merveille qui ne ressemble à rien de connu.


