[CRITIQUE] INCEPTION de Christopher Nolan

Comme Blade Runner ou Matrix, Inception est le genre de classique instantané qui n’arrive qu’une fois tous les dix ans au cinéma. Rien que dans son préambule, il contient plus de substance, d’enjeux et de promesses que la plupart de films actuellement à l’affiche. A tel point qu’on se demande comment Christopher Nolan va tenir la distance sur près de deux heures trente. En fait, sans problème : de surprise en émerveillement, ce blockbuster à la fois introspectif et spectaculaire a de quoi combler toutes les sensibilités. Sans en dire trop, Inception provoque les mêmes effets sur les spectateurs, transportés au gré des innervations et des circonvolutions d’un énorme cerveau, que le voyage mental sur les protagonistes. L’ensemble fonctionne comme un monde de réseaux et de connexions secrètes plein de replis et de boucles, mis en valeur par un montage provoquant des images de nature indéfinissable. Le rythme est celui d’un songe avec autant d’immobilité que d’accélérations brusques. Les personnages sont à la fois en chair et spectraux ; et Nolan privilégie le réalisme à la bizarrerie des situations pour que les hallucinations (Paris qui se retourne sur lui-même) coulent de source.

Avec ses jeux de miroir mentaux et ses intrigues superposées, l’histoire n’est pas seulement un modèle de construction, elle provoque un effet véritablement vertigineux qui encourage les visions répétées et retranscrit de manière universelle ce qui se cache dans la tête de chacun. Ce qui en fait une expérience à la fois collective et individuelle. C’est aussi et surtout un rêve de cinéphile mélangeant la science-fiction de Verhoeven (Total Recall), le trip selon Parker (Pink Floyd : The Wall – projeté par Nolan à toute l’équipe avant le début du tournage), la mégalopole urbaine et architecturale (Blade Runner), les couloirs rougeâtres d’appartements et l’apesanteur chez Kubrick (Shining et 2001 : l’odyssée de l’espace), l’inquiétante étrangeté de Lynch (Blue Velvet), les cercles vicieux et kafkaïens de Polanski (Le Locataire) – où la fin ramène inexorablement au début – et des scènes d’action échappées d’un épisode de James Bond. Malgré toutes ces citations, le paradoxe veut que Inceptionressemble totalement à son auteur qui monte encore d’un cran l’ambition d’un système de manipulation par l’illusion mis au point depuis Following. Renouant avec ses obsessions dans cet immense film-somme (narration fragmentée, subjectivité, double), Nolan convoque des images virtuelles et, fasciné par le cinéma et les interrogations qu’il suscite, ne peut s’empêcher de donner à presque toutes ses histoires la forme de mises en scène.

Même si cette plongée surréaliste dans les méandres est dépourvue de connotation sexuelle, elle maintient un degré permanent d’intensité esthétique et émotionnelle. Pour y arriver, Nolan utilise tous les moyens que lui offre le cinéma, tandis que les personnages sont pour la plupart idéalement interprétés. Leonardo Di Caprio est formidable en héros Nolanien : tourmenté par des ambivalences morales, hanté par le remords et le doute, travaillé par la schizophrénie. Autour de lui, Joseph Gordon-Levitt (en lévitation, juste génial), Ellen Page (extraordinaire en architecte de l’esprit dont le personnage évoque celui dans Paprika, de Satoshi Kon), Tom Hardy, Cillian Murphy et Ken Watanabe sèment l’ambiguïté par leur simple présence. Au milieu de ce concert de performances météoriques, Nolan distille par sa mise en scène virtuose, son amour pour les comédiens (la manière dont ils évoluent dans le cadre, les regards, les attitudes, les confrontations) et sa capacité à créer des atmosphères torves (la mélancolie urbaine, déjà présente dans les Batman) un charme qui hante durablement. A tous les niveaux, Inception flotte à des altitudes que peu de blockbusters peuvent atteindre. Preuve qu’après The Dark Knight, son auteur peut encore se surpasser.

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