[CRITIQUE] HOSTEL de Eli Roth

Deux étudiants américains, Paxton et Josh, ont décidé de découvrir l’Europe avec un maximum d’aventures et de sensations fortes. Avec Oli, un Islandais qu’ils ont rencontré en chemin, ils se retrouvent à Prague dans ce qu’on leur a décrit comme le nirvana des vacances de débauche : une propriété très spéciale, pleine de filles aussi belles que faciles… Natalya et Svetlana sont effectivement très cools… un peu trop, même. Paxton et Josh vont vite se rendre compte qu’ils sont tombés dans un piège. Ce voyage-là va les conduire au bout de l’horreur…

Si son précédent Cabin Fever pouvait laisser dubitatif par son cynisme sournois et sa propension inquiétante à brasser du vide pour déboucher sur une pirouette finale inattendue à la manière de La baie Sanglante de Mario Bava, Hostel, le nouveau film de Eli Roth, a le mérite d’être plus intéressant. Cette fois-ci, il oublie les rednecks pour causer de thèmes plus sombres (trafic humain, mafia, tourisme sexuel…) et sans se prendre au sérieux, a juste l’envie de s’amuser avec des choses horribles. Ce n’est pas pour autant que la tonalité se veut plus tragique. Au contraire, pendant un bon bout de bobine, Hostel laisse présager une pochade estudiantine. Et on a tout faux.

Première idée d’Hostel: tout a commencé par une simple discussion sur les choses les plus tordues et les plus étranges que l’on pouvait trouver sur le net. Par l’intermédiaire d’un ami, Roth entend parler de la rumeur d’un site proposant à des monstres de s’offrir un humain à tuer. Eli Roth s’est alors attelé au projet en imaginant une histoire autour d’un business du meurtre et en oubliant quelques instants The Box, son film coécrit avec Richard Kelly et tiré d’une nouvelle de Richard Matheson. On n’est pas surpris que Tarantino soit prod exécutif du résultat, Roth et Tarantino ont la même façon de préparer leurs films. Ils sélectionnent tous les éléments qui leur plaisent ou leur ont plu dans leurs films cultes, les isolent, les mélangent au détriment même de la vraisemblance.

Les trois personnages masculins ne dépassent à aucun moment la dimension caricaturale. Ils sont présentés comme des fumeurs de joints patentés qui ne cachent pas leur immense appétit sexuel. En suivant leur progression (et leur disparition), Hostel peut se fractionner en trois parties inégales. Et c’est l’apparition surréaliste de Takashi Miike qui détermine et crée, par ce qu’il incarne, le changement d’atmosphère comme lui-même le faisait dans Audition, son meilleur film (il partait d’un postulat de comédie romantique fleur bleue pour musarder très rapidement dans l’horreur organique et la violence froide) et référence avouée de Roth. Alors que toute la première partie ressemble à un teenage movie avec une foultitude de plaisirs coupables, la seconde négocie un virage aussi radical que noir, annoncé par de discrètes bifurcations fantastiques (clan de gamins quasi démoniaques, regards torves de personnages aux louches intentions, possédées comme dans Les femmes de Stepford…). Le dernier tiers verse littéralement dans le gore et le Grand Guignol au point de créer la saturation même chez les aficionados du genre. La plupart des scènes sulfureuses sont judicieusement placées à la fin et donnent à voir une sorte de compilation non-stop des pires trouvailles de tortures (talon d’Achille brisé, dépeçage gratiné, énucléation…).

À quelques exceptions près, Roth ne se départit pas de son humour gaguesque (la scène de la voiture qui repasse sur les corps). Les influences de Roth ont le mérite d’être denses (l’asiatique quasi fantomatique avec son œil en moins est une allusion aux films de fantômes japonais qu’il a récemment découverts comme Ring, de même que la traque finale entre la victime et le bourreau évoque inévitablement Marathon Man de John Schlesinger…). Mais elles fonctionnent à double tranchant: le défaut du film naît du manque de personnalité, voire du manque d’âme. Plus roublard que talentueux, plus décomplexé qu’industrieux, Eli Roth profite de ses parrains pour essayer de se différencier du tout-venant alors qu’en fin de compte, il ne révolutionne pas grand-chose. On lui sait gré d’exploiter à bon escient et sans parcimonie les vertus de la tronçonneuse (l’affiche du film qui parodiait celle de Maniac n’était pas trompeuse).

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