La rédaction CHAOS raconte son Festival de Cannes. JOUR 11: Joaquin Phoenix en mode Old Boy, Lynne Ramsay en mode Lodge Kerrigan, Fatih Akin en mode Sean Penn, Philippe Rouyer en mode bilan…
JOUR 11. VENDREDI 26 MAI 2017
La question que tout le monde se pose sur la Croisette à cet instant précis: mais qu’a donc fumé Fatih Akin? Parce que non, on en veut pas. Qu’avons-nous fait pour mériter ça, en compétition, dans le plus grand Festival de cinéma du monde? On va finir par croire que la fameuse « projection de presse du deuxième vendredi matin » est devenue un rituel maudit, un an après la débâcle de The Last Face, l’effroyable nanar de Sean Penn présenté l’an passé à la même période. Un nanar repoussoir qui a, il est vrai, quelques aficionados dans la Rédaction chaos. Nos journalistes avaient pondu une critique mémorable au moment de la sortie en salles. Il faudra d’ailleurs leur confier la critique de ce In The Fade lorsqu’il sortira. Parce que, là, les bras nous en tombent.
On savait Fatih Akin, réalisateur des récompensés Head On et De l’autre côté, au bout du rouleau (son effroyable The Cut, sorti en loucedé début 2015); sur ce coup, il se révèle fan des séries B saumâtres de ce cher Joel Schumacher. Dans In The Fade, Diane Kruger joue une femme meurtrie: son enfant de six ans et son époux, d’origine turque et ancien détenu pour des trafics de drogue, ont perdu la vie dans un attentat à la bombe. Alors que l’enquête s’oriente d’abord vers les mafias turque et kurde, compte tenu du passé du mari, elle trouve finalement sa résolution dans la sphère néo-nazie, avec l’arrestation d’un jeune couple fanatique. Mais faute de preuve tangible, ils ne sont pas condamnés et la Diane, déjà accablée par l’horreur, la perte et le deuil, sombre dans la vengeance.
On vous laisse imaginer la trajectoire très relevée en thèmes poids lourd et en pathos de ce mélo noyé dans le bile qui ne recule jamais devant l’inflation doloriste. Dans le panel, c’est un rejet (quasi) unanime. Pendant la conférence de presse, Diane qui donne tout gère le service après-vente avec du « ce film a failli me tuer » et « ce film a changé ma vie« .
Dernier film d’une compétition globalement moyenne, pour ne pas dire faible: You Were Never Really Here de Lynne Ramsay. Ce qui rassure, c’est la présence de Joaquin Phoenix devant la caméra. Vu qu’il n’a jamais été mauvais dans un film (ou alors, éclairez-nous), il demeure cette promesse, ce gage de qualité du mec taiseux qui a l’art d’être intense avec un minimum d’effets. Et connaissant le caractère farouchement indépendant de sa réalisatrice dont on avait aimé les premiers films radicaux et onirico-erratiques (Ratcatcher, Le Voyage de Morvern Callar) et un peu moins le trop esthétisant We need to talk aout Kevin, on peut se dire que potentiellement ces deux-là peuvent faire des étincelles. Miracle: c’est le cas. Dans la peau de Joe, un ancien marine torturé, Phoenix vient à la rescousse de la fille d’un sénateur embarquée dans un réseau de prostitution. Après In The Fade, on a évidemment peur d’une lourdeur pachydermique. Mais s’il provoque des émotions contradictoires dans la même scène (l’impression de regarder un truc hybride, un peu couillon niveau psy et en même temps hyper balèze dans sa mise en scène pleine d’ellipses et misant sur l’intelligence de celui qui regarde), le film s’en tire bien. Sur un mode Lodge Kerrigan light, la réalisatrice nous évite le crapoteux et son regard s’avère toujours le bon (comme son montage et son univers sonore). Pour sa dernière ligne droite, le tableau retrouve les étoiles dans les yeux. Comme vous pouvez le constater dans notre riant Palmomètre.

La nuit passe sagement. Nous ne verrons pas D’après une histoire vraie, de Roman Polanski le lendemain car à l’heure de sa projection, nous serons en partance. Ceux qui l’ont vu parlent d’un ratage XXL. Nous serons loin du tumulte. Adieu Cannes, son strass, ses paillettes, ses projos blindées, ses rendez-vous manqués.
Et bonjour Paris et son réel triste monde tragique.
Et, évidemment, à l’année prochaine avec ce hashtag qui gagne déjà à être célèbre: #LarsforCannes2018 (remplaçable par #AfidadanslejurypourCannes2018)

