CANNES, JOUR 2 – Le film d’ouverture chaos se trouvait… dans la section Un Certain Regard (Teenage Sex and Death at Camp Miasma, de Jane Schoenbrun), une petite révélation toujours dans la section Un Certain Regard (Dégel de Manuela Martelli), la toute récente playlist de Gaspar Noé pourrait bien devenir la BO idéale de ce 79ᵉ festival de Cannes…
Tout le monde a quelque peu oublié La Vénus électrique de Pierre Salvadori, film d’ouverture officielle de cette 79ᵉ édition du Festival de Cannes. Mais Cannes ne semble pas s’être remis de la vraie ouverture rock de cette édition qui se trouvait… dans la section Un Certain Regard. Soit Teenage Sex and Death at Camp Miasma, le nouveau long métrage de Jane Schoenbrun. Étoile montante du cinéma chaos contemporain propulsée par l’estime de son doucement culte I Saw The TV Glow, et déjà passionnante, et soutenue par Chaos, avec son si prometteur We’re All Going to the World’s Fair, Jane Schoenbrun ne faisait qu’attiser nos attentes les plus ardentes tant les promesses de son troisième long-métrage étaient alléchantes.
Jane Schoenbrun introduces TEENAGE SEX AND DEATH AT CAMP MIASMA at #Cannes2026 pic.twitter.com/mVweVKhpIN
— Matt Neglia @Cannes (@NextBestPicture) May 13, 2026
De quoi parle le film ? De la réalisatrice chargée de relancer une franchise d’horreur (Hannah Einbinder) qui devient obsédée par l’actrice mystérieuse (Gillian Anderson) qui incarnait la « final girl » dans le film original… Soit, nous dit-on, la rencontre entre Vendredi 13 et Portrait de la jeune fille en feu sur fond de reconstruction queer : voilà qui avait de quoi faire bouillonner. Une fois le visionnage fait, c’est bel et bien la confirmation de tous nos désirs pour un premier vent de chaos qui se lève sur la Croisette. Et tant pis si notre énième demande d’interview de Jane est splendidement tombée à l’eau, « on se retrouvera » comme le chantait Francis L. Lire la critique.

Autre révélation dans la section Un Certain Regard, décidément solide pour ses débuts : Dégel de Manuela Martelli. Nous sommes au Sud du Chili en 1992. Le pays reste marqué par des années de dictature : le mandat militaire de Pinochet a officiellement pris fin il y a deux ans, mais le bourreau d’Allende reste quand même commandant en chef de l’armée chilienne. Symbole de cette ouverture au monde : le pays ouvre son pavillon à l’Exposition universelle de Séville, avec pour pièce maîtresse le convoi d’un iceberg transporté depuis l’Antarctique, une prouesse technique balèze comme tout censée faire oublier les errements violents d’antan… Alors qu’elle est gardée par ses grands-parents dans leur hôtel en station de ski (une bâtisse intemporelle dont les couloirs évoquent un horror-movie tiré de Stephen King avec beaucoup de neige à l’intérieur !), Inès, 9 ans, se lie d’amitié avec Hanna, une jeune sportive venue d’Allemagne. Une disparition inexpliquée vient rebattre les cartes, et réveiller les cadavres qu’on avait soigneusement enfouis dans le placard (ou sous le tapis, c’est une métaphore possible aussi). Sans jamais prendre l’apparence d’un manifeste et avant tout accordé au trajet intérieur de son magnifique personnage principal, Dégel dialogue joliment avec L’Esprit de la ruche (1973), évidente chaos-référence du film : une fillette obsessionnelle s’initie à l’étrangeté du cosmos et découvre progressivement que le monde qui l’entoure n’est pas conforme à ce qu’il paraît. L’hôtel, c’est l’apparente façade sous laquelle le musée des horreurs se doit d’être respectable, reléguant la violence en coulisses ; la neige, c’est ce qui permet d’ensevelir par petites touches esthétiques ce qu’on n’a plus envie de regarder ; et le dégel, c’est ce qui, à terme, fond et menace de faire sombrer l’ensemble de l’édifice… Au milieu de tout ça, il y a un film beau comme tout. Lire la critique.
Dernières recos avant de retourner en salle : 1. Vous n’avez pas téléchargé la grille Wask ? Absolument indispensable pour tout cinéphile-festivalier qui se respecte, elle se télécharge sur le site Wask et l’on salue cette prodigieuse invention de notre ami Thomas Gastaldi (Wask). 2. Vous avez sans doute vu la recommandation queer-chaos de Thomas Jolly et Anna Mouglalis, mais avez-vous lu leur interview sur le queer ? Si non, cela se rattrape ici. 3. Enfin, impossible de ne pas vous parler de la playlist de Gaspar Noé pour NTS radio qui se profile pour devenir la BO de ce 79ᵉ festival de Cannes, à écouter à fond et directement ici.



