On ne sait plus trop où l’on avait laissé le prolifique Quentin Dupieux. Entre les annonces, les projets sélectionnés à Cannes et les films déjà sortis, difficile au début de la séance de se rappeler quel était le dernier cru, le dernier épisode du Dup’. Revient finalement le souvenir de L’Accident de piano, corrosif voire misanthrope, porté par une Adèle Exarchopoulos et un Jérôme Commandeur exceptionnels, et dont il reste, en tout cas personnellement, l’image d’un cru plutôt sympathique bien qu’assez anecdotique, comme souvent chez l’auteur.
Des films-anecdotes, c’est presque ce qui résume le mieux l’œuvre de Dupieux, et ce qui lui donne autant un caractère spécial et pétillant que certaines limites évidentes. Cette fois-ci, il s’offre les services de Woody Harrelson et Kristen Stewart, tous deux plongés dans une bulle parisienne où un père maladroit essaie, tant bien que mal et dans un timing peu inspiré, de renouer avec sa fille. Une maîtresse d’hôtel, des manifestations violentes et surtout de gros problèmes digestifs viendront contrarier ses plans. En parallèle, un film d’une époque révolue suit son cours…
Tout d’abord, il faut noter le retour du réalisateur à un non-sens total, déjà aperçu dans ses œuvres tournées aux États-Unis telles que Wrong et Wrong Cops. Le huis clos se joue de manière très théâtrale et déroule de longues plages de dialogues, entrecoupées par ce film de monstres des années 50 que Stewart regarde frénétiquement. Harrelson sait faire du comique, nous le savions, mais la vraie justesse de ton vient surtout de Kristen Stewart, qui ne dénote jamais. Ses échanges avec Charlotte Le Bon notamment s’avèrent pleinement convaincants. Une fois la question de la direction d’acteurs abordée, toujours l’un des grands points forts du cinéma de Dupieux, il ne reste malheureusement pas grand-chose. On sent l’envie d’aborder plusieurs thèmes, mais comme souvent, tout est survolé au profit de performances de comédiens toujours plus désireux de venir s’amuser dans la cour de récréation du réalisateur.
Le film en parallèle semble surtout servir de gimmick, et quel dommage de convoquer un comédien comme Éric Waneheim pour un résultat si anecdotique. Sans parler du pauvre sort réservé à Emma Mackey, qui passe une tête (alerte jeu de mots) mais dont les séquences peinent à trouver un véritable sens au-delà de l’hommage, peut-être… Le film dure 1h18, n’ayant donc jamais le temps de devenir pénible, mais avec très peu de rires ou même de sourires. Hormis cette scène hilarante au ralenti sur la plage juste avant la fin, le film déroule son menu et l’on semble simplement voir passer Dupieux. Un Dupieux que l’on aimerait d’ailleurs voir proposer un jour un film de plus de 1h30, passer du programmatique qu’il livre déjà depuis près d’une décennie en France à quelque chose de plus ample. Sans jamais être un calvaire donc, et sans doute aidé par le fait de le découvrir en séance de minuit, on espère tout de même un Vertige bien plus grand avant la fin de cette édition cannoise de la part du réalisateur…
| 1h 18min | Comédie De Quentin Dupieux | Par Quentin Dupieux Avec Woody Harrelson, Kristen Stewart, Charlotte Le Bon |



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