Les Matins Merveilleux s’ouvre sur le même balcon qui concluait le doux Queen Size, court-métrage de la réalisatrice Avril Besson qui, sous couvert de favoriser le financement de ce long-métrage, avait même été nommé aux César. La jeune cinéaste, attendue au tournant pour ce premier film présenté en séances spéciales, signe avec le même duo de comédiennes, India Haïr et Raya Martigny, l’échappée de Charlie vers le sud, fraîchement endeuillée par la perte de sa grand-mère. Décidée à honorer ses dernières volontés, à savoir rendre sa collection de vinyles au caviste fan de disco Titou (Eric Cantona), elle fera là la rencontre de Marina, barwoman solitaire, et d’autres de ces figures flottantes, uniques. C’est là le cœur du geste : regarder, toujours avec amour, ces êtres que l’on penserait ne jamais rencontrer, petites gens, monsieur et madame Tout-le-Monde, PNJ de nos vies, qui ne sont pourtant qu’eux-mêmes, rendus iconiques et uniques par un regard qui daigne leur prêter de l’attention. Surgit dès lors une bonhomie immédiate, portée par la douceur aussi enfantine qu’amère d’une India Haïr que l’on a rarement vue aussi touchante, portant, comme le reste du très juste casting, des dialogues qui brillent de leur trivialité, de leur refus de la punchline au profit de l’instant.
L’émotion naît précisément de peu, voire de petits riens, ceux que la cinéaste place au centre d’une écriture toujours en retenue, au diapason de ces personnages dont on ne saura jamais beaucoup, mais dont le seul contact suffit à émouvoir. Nul besoin de connaître en profondeur le mystérieux Titou qu’interprète Eric Cantona pour vouloir rejoindre ce dernier dans l’exutoire communicatif d’une piste de danse disco. Ce sont ces êtres ici confinés à l’errance, à la déambulation, dans les rues vides d’un coin paumé de France que le scope d’Avril Besson rend d’autant plus propice aux figures fantomatques. Tout est affaire de mouvement et de stagnation. Charlie, c’est celle qui passe ses appels de réunions au volant de sa Clio, quand tout semble partir à vau-l’eau, devenir volatile à mesure que le deuil s’achève. Marina, c’est celle qui s’ancre dans un lieu, un entourage qui ne lui sied que peu, et rêve de partir. La cinéaste raconte alors l’ancrage dans le réel, ce besoin irrémédiable de rencontrer les autres et de s’y attacher, processus auquel invite nécessairement son geste fragile mais touchant de minimalisme.
C’est là une qualité que l’on ne peut nier au métrage : sa réalisatrice s’attache profondément à ses personnages, qu’elle prend plaisir à observer longuement, à placer au centre de cadres toujours vivaces de couleurs chatoyantes et de trouvailles visuelles à la lisière du pop dans son sens le plus premier : évoquer ce qui est commun à toustes. Pourtant, à se reposer sur ses personnages, le long-métrage trouve ses limites, l’excès d’amour aveuglant parfois une caméra apte à saisir les choses sur le vif, à ne jamais en faire beaucoup pour laisser la place aux autres d’exister, quitte à fondre vers une certaine timidité du regard. Mise en scène et effets de style se font souvent trop en retenue, trop timides, pour véritablement transformer l’essai. Si le film brille de toute évidence de sa petitesse sincère, c’est elle aussi qui en dessine les faiblesses, le risque de fondre vers le « banal filmé » et le besoin pour son autrice de encore s’affirmer, à l’image de celles et ceux qu’elle se passionne à croquer.
| 29 juillet 2026 en salle | 1h 27min | Comédie, Romance De Avril Besson | Par Avril Besson, Pauline Baduel Avec India Hair, Raya Martigny, Eric Cantona |



