Le jury du 79ᵉ festival de Cannes a décerné samedi la Palme d’or à Fjord du cinéaste roumain Cristian Mungiu, qui décroche ainsi sa deuxième Palme d’or après celle attribuée pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours en 2007. Dans Fjord, particulièrement controversé dans notre PalmoChaos et inspiré de faits réels, le réalisateur enracine son récit en Norvège pour mettre face à ses contradictions une société qui prône la tolérance et l’ouverture aux autres mais peut exclure brutalement ceux qui dévient du chemin tracé pour eux. Lire notre critique ici.
Ce film a coiffé un autre favori de la compétition, Minotaure, en seconde position de notre Palmomètre, qui dépeint la déliquescence de la société russe en disséquant un drame familial sur fond de guerre en Ukraine. Son réalisateur, l’exilé russe Andreï Zviaguintsev, a obtenu le Grand prix et a interpellé frontalement Vladimir Poutine sur la scène du Palais des festivals à Cannes. « La seule personne qui puisse mettre fin à cette boucherie (en Ukraine, ndlr) est le président de la Fédération de Russie. Mettez fin à ce carnage, le monde entier attend cela », a-t-il tonné. Plus tard en conférence de presse, il s’est dit « extrêmement amer, extrêmement triste ». « C’est absolument terrible pour moi de reconnaître ce qu’est en train de faire la Russie en Ukraine ». Côté interprétation, le jury présidé par le cinéaste sud-coréen Park Chan-wook a créé la surprise en distinguant les deux jeunes acteurs principaux de Coward du Belge Lukas Dhont, qui raconte une passion cachée entre jeunes soldats dans le chaos des champs de bataille de la Grande Guerre. Le film nous a déçus, mais une phrase sur scène fait plaisir à entendre : « J’espère vraiment que ce film va permettre à des jeunes hommes, des jeunes filles, des jeunes personnes de pouvoir s’aimer eux-mêmes », a déclaré Emmanuel Macchia, 20 ans, dont c’était le tout premier rôle à l’écran. Pour l’interprétation féminine, le jury a également distingué un duo composé de Virginie Efira et de Tao Okamoto pour leur rôle dans Soudain de Ryūsuke Hamaguchi, chronique douce-amère autour d’une maison de retraite en France. La sensation espagnole du festival, La bola negra, fresque queer à travers les âges (plus que le Almodovar qui est, selon nous, complètement raté, purge théorique sur la création), a obtenu le prix de la mise en scène ex-aequo avec Fatherland, qui suit le retour d’exil de l’écrivain allemand Thomas Mann en 1949. Portrait acéré d’un zélé fonctionnaire de Vichy et coup de cœur du festival, du Palmomètre et de la rédac, Notre salut, du Français Emmanuel Marre a, de son côté, décroché le prix du scénario (là où on l’aurait vu beaucoup plus haut). Le palmarès a notamment laissé sur le carreau deux cinéastes de renom, Pedro Almodovar (sans réelle surprise) et James Gray (en demi-teinte), reparti bredouille de Cannes pour la sixième fois.




