Habitué de l’Étrange festival, le Kazakh Adilkhan Yerzhanov tourne trois films par an comme si sa vie en dépendait. Cette année, il proposait en compétition le très réussi Cadet (en plus de deux autres films en sections parallèles). Il avait aussi une carte blanche, et l’épatante sélection qu’il a présentée témoigne de sa cinéphilie pointue, mais on peut soupçonner que ces films ont influencé plus ou moins directement Cadet : les suicides téléguidés (Fatal games), l’ambiguïté d’un personnage à la fois aimable et détestable (Sous l’emprise du démon), l’absurdité d’enseigner à des jeunes comment tuer (Le pont), et l’utilisation des décors désertiques (Six string samourai).
Cadet commence comme un drame social dans la ville fictive de Karatas, présente dans tous ses films : une enseignante intègre par nécessité une école militaire dirigée par une clique de bureaucrates nostalgiques de l’URSS, et inscrit en même temps son fils pas du tout conforme : efféminé, renfermé, timide, il est rapidement pris pour cible. En même temps, une série de suicides inexpliqués décime l’académie. Le film est divisé en chapitres, chacun commençant par une règle édictée par Descartes. Cette approche rationnelle est revendiquée par le détective en charge de l’affaire qui cherche absolument à expliquer les évènements surnaturels apparemment provoqués par des fantômes vengeurs.
Yerzanhov est à l’aise dans tous les genres, mais quand il s’attaque comme ici au fantastique, il réussirait à donner la chair de poule aux plus blasés, avec des effets pourtant simples : apparitions sporadiques de silhouettes floues, hallucinations, ultraviolence, sans oublier une musique dissonante propice à faire grincer les dents. Les militaires ont le mot de la fin lorsqu’ils font leur rapport dans une logique purement bureaucratique. C’est d’une ironie vertigineuse.



