Avec Camping Cosmos, Jan Bucquoy transforme un camping de la côte belge en laboratoire de la bêtise humaine, des frustrations sexuelles et des utopies politiques en bout de course. Derrière son allure de farce trash, le film se révèle plus politique et mélancolique qu’il n’y paraît. Bucquoy y observe avec une certaine tendresse les naufragés de la société du spectacle, dans un univers où les grandes ambitions culturelles se heurtent aux réalités du tourisme de masse. Le camping devient ainsi un drôle de théâtre où Jan Bucquoy, alter ego du cinéaste, tente de faire jouer Mère Courage devant des vacanciers qui préfèrent l’élection de Miss Cosmos à Brecht. Tout le film repose sur cette confrontation entre intellectuels et « gens du peuple », entre utopies révolutionnaires et société des loisirs. Les anciens militants ne font plus la révolution : ils cherchent des subventions, tandis que les artistes doivent distraire les campeurs. Même la radio locale, saturée de slogans libertaires, finit par conduire son animateur au suicide. Sous la comédie, Bucquoy filme donc une génération dont les idéaux se sont lentement vidés de leur substance.
Autour de lui gravite une galerie de personnages grotesques et attachants : vendeuse de frites rêvant d’ailleurs, propriétaire de camping cocu, père tentant de renouer avec sa fille, vieil obsédé collectionnant les culottes de poupées. Lolo Ferrari, Noël Godin ou encore Jacques Callonne, membre du mouvement Cobra jouant ici son propre rôle, participent à cette étrange collision entre réalité et caricature. Bucquoy assume une mise en scène décousue, faite de sketches, de dérapages et de situations absurdes. Cette forme peut agacer, notamment lorsque le jeu approximatif ou l’humour grossier prennent le dessus, mais elle contribue aussi à l’identité profondément bricolée du film. Cette Belgique grotesque évoque parfois le cinéma de Marco Ferreri, par son mélange de sexe, de provocation, de désespoir et de tendresse. Bucquoy s’en prend à tout : la bourgeoisie, les institutions culturelles, la monarchie, la société de consommation, mais aussi aux intellectuels et aux militants qu’il transforme en objets de satire. La polémique autour de certaines répliques visant la famille royale prolongera d’ailleurs cette logique de provocation.
Mais ce qui rend Camping Cosmos finalement attachant, c’est que Bucquoy ne méprise jamais complètement ses personnages. Derrière les corps grotesques, les slogans anarchistes, les provocations et le mauvais goût, il filme des individus qui cherchent maladroitement l’amour, la liberté ou simplement une raison de vivre. C’est cette alliance de causticité et de douceur qui empêche le film de n’être qu’une pochade. Dans ce camping où les idéaux finissent en animation culturelle et où la révolution se transforme en spectacle, Bucquoy trouve une forme de mélancolie burlesque : une Belgique à la fois ridicule, triste et profondément humaine.
19 novembre 1997 en salle | 1h 23min | ComédieDe Jan Bucquoy Avec Jean-Paul Dermont, Noe Francq, Jean-Henri Compère |
19 novembre 1997 en salle | 1h 23min | Comédie


