« Mi amor » de Guillaume Nicloux : pas inoubliable mais du bon Polanski sous les sunlights

Escapade mélo avec Luchini (La Petite) ou frivole avec Sandrine Kiberlain (Sarah Bernhardt, la divine), horreur radicale (La Tour), saga houellebecquienne (Dans la peau de Blanche Houellebecq), documentaire (Les Rois de l’arnaque) : on ne sait jamais où Guillaume Nicloux va, mais il y va. Le voilà revenu sur le territoire qui l’avait fait remarquer à la fin des années 1990 : celui du thriller. Alors on s’empare de sa cuillère à soupe, et on la plonge dans une marmite bien connue.

Ambiance Frantic au soleil : partie animer un set aux Canaries, Romy y emmène sa meilleure amie histoire d’oublier un instant sa vie de famille. Le lendemain de la soirée, la DJ ne retrouve plus sa camarade, qu’elle avait entrevue très brièvement entre deux faisceaux laser avec un autre homme. Hypothèse du kidnapping, mais aussi retour d’un ex toxique dont l’ombre planait à chaque coup de téléphone : chaque silhouette, chaque visage devient suspect. Les locaux parlent mal anglais et l’on évoque une forte densité de sectes au mètre carré dans les parages. Il y a une Allemande sympa mais complotiste, des flics qui s’en foutent, et un patron de boîte affable, vaguement amoureux de la DJ. On vous avait dit quoi ? Ah oui : Polanski sous les sunlights…

Hanté par les beats d’Irène Drésel, Mi Amor est, il est vrai, bien épaulé par ses têtes d’affiche : une étonnante Pom Klementieff, qu’on espère voir plus souvent loin des « marveleries », et un Benoît Magimel aussi nonchalant que louche, évoquant parfois le Depardieu ruisselant de Valley of Love du même Nicloux. Si l’on se laisse volontiers prendre au jeu, on est surpris de voir Nicloux délaisser le grotesque et le glauque qui faisaient parfois la marque de fabrique de son cinéma (la virée dans les backrooms du club échangiste, étrangement prude et finalement gratuite) pour s’enticher de deux cabossés de la vie qui n’auraient jamais dû se croiser. Le dérapage final, façon thriller horrifique, manque un peu de mordant, mais reste appréciable. Clairement assez pour passer un bon moment, pas tout à fait pour laisser une trace durable.

6 mai 2026 en salle | 1h 53min | Thriller
De Guillaume Nicloux | Par Guillaume Nicloux
Avec Pom Klementieff, Benoît Magimel, Freya Mavor

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