« Above the Knee » de Viljar Bøe sur Shadowz : la jambe ou la vie

Viljar Bøe a trouvé la formule magique pour coincer son spectateur entre fascination morbide et lassitude rampante : filmer pendant quatre-vingts minutes un homme qui veut absolument se couper la jambe et le faire avec une telle précision qu’on en oublie presque que c’est censé être un thriller. Above the Knee, c’est ce rêve humide pour amateurs de freak shows qui commencent leur matinée avec un café et un article sur les bizarreries médicales. Et, parfois, ça fonctionne. Parfois seulement.

On y suit Amir, incarné par Freddy Singh – aussi scénariste – qui traîne un trouble aussi poétique qu’effrayant : le Body Integrity Identity Disorder (BIID), ou la conviction intime qu’un morceau de son corps est un intrus. Dans son cas c’est sa jambe gauche, qu’il voit se putréfier jour après jour dans des visions plus vraies que nature. Après avoir aperçu à la télé Rikke (Louis Waage Anda), une jeune femme qui rêve de devenir aveugle, il décide que le temps est venu de préparer “l’accident” qui le délivrera de son membre encombrant. Une libération en kit, scie incluse.

Mais attention : si vous vous attendez à du suspense haletant ou à une montée en tension à la Misery (1980), détrompez-vous. L’action se résume à regarder Amir assis dans un bureau, dans un atelier ou sur le canapé de Rikke, à ressasser son délire comme un disque rayé, tout en empilant les mensonges pour échapper au regard inquiet – et bientôt exaspéré – de sa compagne Kim (Julie Abrahamsen). Même les paysages majestueux de Norvège finissent par sentir le renfermé.

Le film mise sur l’enfermement : peu de lieux, beaucoup de répétitions, et des inserts gore recyclés comme des cartes postales ensanglantées – toujours les mêmes flaques de sang, les mêmes moelles éclatées. Ça tape fort au début puis ça s’émousse, mais la décomposition de la jambe, elle, devient plus crade à chaque apparition, comme si Bøe se refusait à lâcher son os.

Singh porte le film sur ses épaules, mais Abrahamsen et Anda ne sont pas en reste. La première campe une compagne à bout de nerfs, qui ne supporte plus les secrets et les esquives. La seconde joue Rikke avec une ambiguïté délicieuse : camarade de souffrance pour certains, amante émotionnelle toxique pour d’autres. Mais c’est Singh qui attire toute la lumière : son Amir est un mélange dérangeant de lucidité et de pulsion autodestructrice, capable de passer de l’homme perdu au prédateur acculé sans jamais forcer la note.

Et pourtant, derrière la performance, quelque chose cloche. Dès les premières minutes, le spectateur sait qu’Amir ira jusqu’au bout. Pas de doute, pas de vraie surprise : juste un compte à rebours où la seule récompense promise est une scène finale sanglante. Problème : entre-temps, Bøe ne fait rien pour creuser ses personnages. Pas d’exploration des origines des troubles, pas de réflexion sur le handicap volontaire, juste une observation froide qui confine à l’indifférence.

Résultat : un deuxième long métrage techniquement impeccable – images léchées, effets pratiques réalistes, direction d’acteurs solide – mais narrativement creux. Un beau squelette, sans la chair. Le suspense, censé être le nerf du thriller, est sectionné net dès les cinq premières minutes. On attend, on regarde Amir tourner en rond, et on sait que tout finira par deux minutes et demie de boucherie calculée.

Bøe a le talent visuel, il sait capturer la beauté glaciale de son décor, il sait faire suinter la tension dans un huis clos. Mais ici il se contente d’un regard clinique sur une lente autodestruction, sans jamais offrir l’implication émotionnelle qui donnerait du poids à l’horreur. On repart donc avec des images fortes, mais un cœur vide. Et la certitude que, parfois, la jambe n’est pas le seul membre qu’il faudrait amputer : un bon coup de scalpel dans le scénario n’aurait pas fait de mal.

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