[CRITIQUE] HELLBOY 2, LES LEGIONS D’OR MAUDITES de Guillermo del Toro

Après qu’une ancienne trêve établie entre le genre humain et le royaume invisible des créatures fantastiques ait été rompue, l’Enfer sur Terre est prêt à émerger. Un chef impitoyable qui règne sur le royaume d’en-dessous, renie ses origines et réveille une menace sans précédent : une armée de créatures que personne ne peut arrêter. Maintenant, il est temps pour le super héros le plus indestructible et le plus cornu de la planète de combattre un dictateur sans pitié et ses légions. Il peut être rouge, il peut avoir des cornes, il peut être mal compris, mais si vous voulez que le travail soit bien fait, appelez Hellboy. Avec ses partenaires du Bureau de Recherche et de Défense Paranormal (B.P.R.D.), sa petite amie pyrokinésique Liz, l’aquatique et empathique Abe Sapien et le mystique protoplasmique Johann, le B.P.R.D voyagera entre notre monde et celui où voguent les créatures que ne peuvent pas voir les humains, où les créatures du monde fantastique sont devenues réelles. Hellboy, créature appartenant aux deux mondes qui n’est accepté dans aucun, devra choisir entre la vie qu’il connaît et une destinée incertaine qui l’attend.

Depuis ses débuts, Guillermo Del Toro mène une carrière presque schizophrène en réalisant d’une part des films fantastiques intimistes (L’échine du diable et dernièrement Le Labyrinthe de Pan) où l’horreur du réel devient plus cruelle que celle des contes ; et de l’autre, des gros projets décomplexés (Mimic, Blade 2). Bonne surprise : Hellboy 2 ressemble à une somme cohérente de ces deux styles. Les scènes d’action, situées à des intervalles réguliers, alternent avec des parenthèses plus intimes (le couple Hellboy/Liz). Le traitement qu’il tire du prince elfe Nuada bénéficie de nuances (il est assoiffé de pouvoir mais assène quelques vérités sur la domestication des créatures assimilées aux marginaux) même s’il manque de subtilité. Au-delà du divertissement idéalement proportionné, Del Toro dévoile ses influences personnelles qu’elles soient picturales ou cinématographiques. Ça s’étend de l’héritage Miyazaki (Le Labyrinthe de Pan évoquait déjà Le voyage de Chihiro), les yokai japonais ou même une référence – un peu voyante – à La fiancée de Frankenstein). Del Toro s’identifie à son « super-héros nerd » en mettant en avant son incapacité à mûrir (le réal mexicain assumant de plus en plus la dimension romantique et sentimentale à peine esquissée dans Blade 2 ou le premier Hellboy)

Le point positif, c’est qu’il est ici autant question d’opposer les humains aux superhéros (la population est moyennement encline à les accepter, à l’image de n’importe quelle minorité) que de proposer un défilé de monstres qui mettent leur savoir et leur pouvoir en commun. En changeant de producteur (Universal après Revolution studio), Del Toro qui connaît plus que quiconque cette mythologie bénéficie d’un budget plus confortable (85 millions de dollars) pour expérimenter d’un point de vue technique. Le cinéaste agit autant comme illustrateur que conteur d’histoires et fait mieux que dans le premier Hellboy qui ressemblait à une longue introduction bavarde où l’on désespérait un vrai climax (finalement logique avec l’évolution d’un super-héros qui ne pouvait pas sortir de sa tanière). Cette fois, Hellboy traîne une vraie mélancolie de bougon asocial et Ron Perlman s’affirme comme l’incarnation rêvée du démon rouge.

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