Irène débute comme réceptionniste dans un grand hôtel des Alpes autrichiennes. Lorsqu’elle apprend que celle qui la précédait à ce poste a disparu dans d’étranges circonstances, elle commence à enquêter. Elle se heurte à l’indifférence puis à l’hostilité de ses collègues jusqu’à se convaincre qu’une menace pèse sur elle.
Silences inquiétants, personnages sournois, cris lancinants, rêves bizarres… Jessica Hausner, réalisatrice dotée d’une belle sensibilité, joue sur les couleurs, les contrastes, les lumières, et instaure une atmosphère ouatée à l’angoisse diffuse, par la grâce d’une mise en scène discrètement inventive et un sens aigu de la bizarrerie qui s’exprime ici dans le contexte (un hôtel lugubre qui semble abriter tous les locataires du film homonyme de Polanski) et les personnages (peu ou prou mutiques, visages inquiétants). Les couloirs sombres et les lieux obscurs ne représentent une menace que si on les considère comme des dangers potentiels.
Tout n’est qu’une question de subjectivité et d’interprétation. Est-ce le cauchemar éveillé d’un mystérieux Chaperon rouge ? Un fantôme hante-t-il les lieux ? Un serial-killer serait-il dans les parages ? Une sorcière ? D’où proviennent ces cris lointains et répétés ? Hausner a la délicieuse idée de nous trimballer de pistes en fausses pistes, de distiller le trouble en partant d’éléments banals. En sondant nos angoisses les plus viscérales et nos peurs les plus primaires. On pourrait n’y voir qu’une métaphore simpliste sur le passage à l’âge adulte. Sauf que le film creuse plus profond : Hausner excelle dans le registre de l’indécision et du trouble, tout comme elle nous invite à méditer sur les forces secrètes qui travaillent notre quotidien le plus familier, en pointant du doigt une question propre à chacun : sommes-nous manipulés par des forces obscures ? Et à cette question, elle répond par la décapitation en bonne et due forme des codes du thriller horrifique. Son Hôtel est un film beau (esthétiquement), indomptable (narrativement) et anxiogène (constamment). Il se ressent plus qu’il ne s’explique.

