« Malfaisante » de Rob Savage : pas la catastrophe annoncée, un petit film d’horreur efficace et sans prétention

Entre une promotion mettant l’accent sur les jumpscares (au nombre d’une cinquantaine selon son réalisateur, Rob Savage, soit théoriquement un toutes les deux minutes) et des premières critiques américaines particulièrement sévères, Malfaisante avait tout du film Blumhouse oubliable de plus, à ranger aux côtés de Night Swim, Imaginary ou de L’I.A. du mal. Pourtant, après 93 minutes menées tambour battant, force est de constater que le film a davantage de coffre que prévu.

Adapté du roman horrifique à succès Incidents Around the House de Josh Malerman, l’auteur de Bird Box, encore non traduit en français à ce jour, Malfaisante raconte l’histoire de Bela, une fillette de huit ans confrontée à une entité surnaturelle qu’elle surnomme « L’Autre Maman », car celle-ci prend l’apparence de sa mère, Ursula. Le monstre cherche à s’emparer du cœur de Bela, mais doit pour cela obtenir son consentement : il lui faut donc la séduire tout en divisant sa famille, déjà au bord de l’implosion.

En investissant le cadre éculé de la cellule familiale, Malfaisante se réclame moins de l’horreur contemporaine à la Blumhouse que de l’héritage des productions Amblin, ou de celui, plus proche de nous, du Coraline d’Henry Selick, adaptation du roman de Neil Gaiman sortie en 2009. La famille n’est pas un prétexte, mais le sujet même du film. Son titre original, Other Mommy, est à cet égard révélateur. Car Ursula, la mère, est le personnage central, même si le récit adopte principalement le point de vue de Bela. L’entité peut ainsi se lire comme la figuration d’une famille disloquée, au sein de laquelle une mère infidèle peine à s’épanouir dans le cocon familial qu’elle s’est construit. Souvent présentée, dans le cinéma de genre, comme une carapace indestructible, la famille est ici mise à mal, jusqu’à l’échange de regards final entre Bela et sa mère, après la destruction de « L’Autre Maman ». Celle-ci est d’ailleurs précipitée par la révélation d’un secret à Bela, qui marque la fin de son innocence.

Si cette intrigue intime fonctionne, le film le doit avant tout à son duo d’actrices principales : Jessica Chastain et Arabella Olivia Clark. Jay Duplass, dans le rôle du père mollasson, se révèle en revanche plutôt oubliable. Chastain avait déjà fréquenté le cinéma horrifique dans Mama (2013) et Ça : Chapitre 2 (2019), deux films d’Andrés Muschietti. Dans Malfaisante, elle incarne aussi bien la mère que le monstre et se montre terrifiante. Rob Savage, réalisateur de Host et Dashcam, a compris que l’arme fatale de l’actrice réside dans son sourire ambigu, presque contrit, qui semble tout droit échappé des Smile de Parker Finn. Il le filme à de nombreuses reprises : un gimmick facile, mais efficace. Ce n’est heureusement pas la seule trouvaille du cinéaste.

Grâce à la nature métamorphe et agressive de son entité, Malfaisante préfère renoncer assez vite au doute sur la menace pour s’assumer comme un rollercoaster horrifique lancé à pleine vitesse. Le film ne connaît presque aucun temps mort jusqu’au générique de fin et atteint son sommet au cours d’une séquence située dans l’aire de jeux d’un fast-food miteux. La caméra nous entraîne des boules d’une piscine à l’immensité de la mer, puis dans la chambre de Bela et jusque dans l’habitacle d’une voiture. Un tour de passe-passe vertigineux, hélas sans véritable équivalent dans la suite du film, qui emprunte alors des sentiers plus balisés, de la séance de spiritisme dans un manoir à l’affrontement final dans la maison familiale. Les jumpscares sont effectivement légion, mais certains sont si bien amenés par la mise en scène qu’ils dépassent le simple réflexe pavlovien. Le film impressionne surtout par ses jeux d’échelles (l’entité peut adopter toutes les tailles) et ses transitions virtuoses, comme ce passage d’un plan d’ensemble des lumières d’une ville à l’intérieur d’une villa de verre. Cet étalage d’effets, malgré quelques facilités et une dernière partie plus convenue, élève ce petit film d’horreur grand public au-dessus de la masse.

14 octobre 2026 en salle | 1h 34min | Epouvante-horreur
De Rob Savage | Par Nathan Elston
Avec Jessica Chastain, Jay Duplass, Arabella Olivia Clark
Titre original Other Mommy

Les articles les plus lus

Culte des années 90 : The Cardigans – « Lovefool »

Formés en 1992 à Jönköping, en Suède, The Cardigans...

Culte des années 2000 : Mirwais – « Naive song »

Vous connaissez sans doute Mirwais (de son vrai nom...

« The Mage » : le retour des frères Pang (« The Eye », « Bangkok Dangerous ») à l’horreur

Le thriller surnaturel et policier hongkongais The Mage, réalisé...

Culte des années 2010 : Tame Impala – « Let It Happen »

Avec Let It Happen, Tame Impala ouvre en 2015...
spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
Entre une promotion mettant l’accent sur les jumpscares (au nombre d’une cinquantaine selon son réalisateur, Rob Savage, soit théoriquement un toutes les deux minutes) et des premières critiques américaines particulièrement sévères, Malfaisante avait tout du film Blumhouse oubliable de plus, à ranger aux côtés..."Malfaisante" de Rob Savage : pas la catastrophe annoncée, un petit film d'horreur efficace et sans prétention