Premier roman d’une looongue série de hits kingiens qui hantent encore toutes les mémoires, Carrie avait été adapté deux ans plus tard par un De Palma déjà incontrôlable (Carrie au bal du diable en 1976), délaissant volontiers son modèle (plus linéaire, un peu moins spectaculaire) pour offrir un exercice de style poignant et mémorable. Tout espoir d’arriver à sa cheville semble vain et pourtant, les occasions n’ont pas manqué : remember le téléfilm de 2002, conçu comme le pilote d’une série finalement avortée, d’une médiocrité visuelle assez effarante malgré la présence d’Angela May Bettis, ainsi que l’opus de 2013 gavé aux mauvais CGI, également remarquable de nullité. Seul rescapé auquel on donnera volontiers quelques miettes de pain : le Carrie 2 de 1999, suite prétexte mais variation pas désagréable, qui avait au moins le courage de foncer dans le grand-guignol trash avec son dernier acte explosif. On aurait pu s’arrêter là, mais SOUDAIN…
Laissant Netflix derrière lui après plusieurs années de mini-séries et de films somme toute assez enthousiasmants, Mike Flanagan s’en va draguer Amazon/MGM avec la plus décevante des entrées en matière imaginables : en nous balançant une nouvelle Carrie, eh oui. Un projet qui peine sérieusement à justifier son existence : le roman relativement court de King est ici rallongé en huit épisodes de cinquante minutes. Malgré le talent de Flanagan, obsédé par l’auteur américain depuis toujours, le projet ne joue clairement pas en sa faveur. Quid d’une adaptation de Rose Madder ou d’Insomnie ? Ou de donner un coup de peinture aux Tommyknockers ou à Bazaar ? On pourrait pousser le bouchon encore plus loin et lui rappeler qu’il y a aussi Dean Koontz et Graham Masterton dans la vie, mais eh, on a bien compris que le bonhomme ne lâcherait pas la couronne du Roi du Maine de sitôt.
Comment faire tenir alors un récit aussi ténu sur autant de temps ? Eh bien, on fout tout simplement Carrie dans un coin : si l’intrigue ne change pas dans les grandes lignes, Flanagan amène sa clique de comédiens habituels (dont une Samantha Sloyan condamnée à retrouver une troisième fois l’univers du réalisateur après Midnight Mass et The Midnight Club, force à elle), densifie tous les personnages annexes et en ajoute d’autres, en particulier une camarade qui va pousser Carrie à user de ses pouvoirs. Hantée cette fois-ci par la mort de son père, l’adolescente aux pouvoirs dormants n’est plus une gamine freaky, mais une petite chose timide qu’on va essayer d’intégrer vaille que vaille. La cruauté brute du texte originel et de sa première adaptation est ici atténuée (la vilaine Chris est une princesse qui vit mal le divorce de ses parents, Maman Margaret n’est plus aussi zinzin…). La nuance est une bouteille de sirop avec laquelle Flanagan arrose tout ce qu’il peut… pour en arriver au même résultat. Seul ajout pertinent : la transposition moderne permet un télescopage en bonne et due forme avec une Amérique saturée par les réseaux sociaux, le débat autour du harcèlement et le spectre des tueries de masse. Mais des films comme Assassination Nation ou Tragedy Girls, ou encore une série aussi odieuse soit-elle comme 13 Reasons Why, sont passés par là…
On pourrait encore râler sur le fait qu’on nous serve, en 2026, une Carrie jolie et marketable (ça n’empêche pas son interprète, Summer H. Howell, d’être une très bonne actrice). Et pourtant, ce n’est pas ce qui agace le plus ici : on ne sait que choisir entre la sous-intrigue façon X-Men (mais pour aller où ????!), la cascade de moments clipesques gênants, la photo javellisée donnant l’impression de voir n’importe quel soap diffusé en VOD, le massacre final pyrotechnique à souhait, mais d’une fadeur à blêmir… On se doutait que tout ceci ne servirait à rien. Et devinez quoi ? Ça n’a servi à rien…
2026 | 60 min | Epouvante-horreurCréée par Mike Flanagan Avec Summer H. Howell, Samantha Sloyan, Siena Agudong Nationalité U.S.A. |

2026 | 60 min | Epouvante-horreur
