Aaron Sorkin s’attaque à nouveau à Facebook dans The Social Reckoning. Le film s’inscrit dans le prolongement de The Social Network (2010), écrit par Sorkin et réalisé par David Fincher, qui racontait la création du réseau social par Mark Zuckerberg à l’université de Harvard en 2003. Cette fois, il reprend la double casquette de scénariste et de réalisateur dans un film réquisitoire. Comme le suggère le slogan promotionnel du film, « we are way past making friends », les enjeux prennent une tournure résolument plus politique. Le récit nous plonge au cœur de la Silicon Valley, près de vingt ans après la création du site, mais aussi dans les coulisses du Wall Street Journal. Il met en scène l’émergence du scandale des « Facebook Files », révélé en 2021 par l’enquête du journaliste Jeff Horwitz (Jeremy Allen White), avec l’aide de l’ingénieure Frances Haugen (Mikey Madison), qui a mis au jour les secrets des algorithmes du réseau social devenu un mastodonte.
The Social Network a déjà atteint le statut de film culte, au point que Jesse Eisenberg, qui y incarnait Mark Zuckerberg, cherche encore à se départir de ce rôle qui lui colle à la peau et qu’il a refusé d’incarner à nouveau. Cette suite très attendue souffre inévitablement de la comparaison, bien que les deux films soient très différents. Si le premier opus se situait davantage du côté du drame biographique, The Social Reckoning prend la forme d’un thriller politique et d’un film d’investigation, avec des séquences aux airs de film de procès. Dans le film, le fondateur de Facebook, interprété cette fois par Jeremy Strong, habitué aux personnages ambivalents (Succession, The Apprentice), n’est plus le protagoniste, mais endosse désormais le rôle d’antagoniste. S’il était déjà un anti-héros chez Fincher, il devient ici un véritable « vilain », tout en restant l’asshole nerd que décrivait son ex-petite amie (Rooney Mara), dans une version encore plus pathétique, voire sociopathique. Pourtant, à la tête d’un empire mondial, il est devenu l’un des hommes les plus puissants du monde, mais aussi l’un des responsables d’une crise démocratique qui dépasse largement les frontières de Facebook. Et cette fois, c’est face au public et à l’État américain qu’il doit rendre des comptes. Lors de son media training en vue de son audition devant le Sénat américain, qui revient sous forme de flashbacks tout au long du film, dépassé par les conséquences de ce qu’il a contribué à façonner et acculé par ses propres collaborateurs, il se montre incapable d’assumer la moindre responsabilité et se réfugie derrière les principes du techno-libéralisme.
The Social Reckoning n’aura sans doute pas le même retentissement que son prédécesseur, mais n’en demeure pas moins un film incisif. On retrouve la patte de scénariste et de dialoguiste de Sorkin, qui manie la satire avec subtilité, mais aussi son goût pour la démonstration. Sorkin se fait lanceur d’alerte, même si le constat arrive peut-être un peu tard dans un monde déjà entré dans une nouvelle ère numérique, celle de l’intelligence artificielle, où les enjeux éthiques et politiques ne cessent de se multiplier. Plus largement, le film alerte sur les dangers de l’idéologie qui a accompagné l’essor de Facebook et continue de guider son évolution. Mais le didactisme de l’écriture finit parfois par prendre le pas sur le récit, laissant peu de place aux autres ressources du langage cinématographique et peinant à susciter l’émotion. Les nouveaux personnages peinent ainsi à exister au-delà de leur fonction dans l’intrigue. Dommage, car le talent du casting est largement sous-exploité.
7 octobre 2026 en salle | 1h 52min | DrameDe Aaron Sorkin | Par Aaron Sorkin Avec Mikey Madison, Jeremy Allen White, Jeremy Strong |

7 octobre 2026 en salle | 1h 52min | Drame
