Culte des années 80 : The The – « This is the Day »

Derrière The The, ce nom qui ressemble à une mauvaise plaisanterie typographique, se cache Matt Johnson, né à Londres en 1961, songwriter solitaire et expérimentateur précoce, qui fait de The The un laboratoire à géométrie variable. À la fin des années 70, son projet émerge dans le sillage du post-punk britannique, entre bricolage électronique, goût pour les atmosphères cinématographiques et chansons qui préfèrent les contradictions humaines aux slogans de vestiaire. Après Burning Blue Soul, paru en 1981, puis le succès d’Uncertain Smile, Johnson signe chez CBS et prépare un album à la mesure de ses ambitions. Avec Soul Mining, publié en octobre 1983, il trouve la forme idéale de son projet, et c’est sur cet album que figure donc ce This is the Day…

Ce morceau supposément solaire est en réalité né d’une période de grands bouleversements. À 21 ans, Johnson sort du chômage, enregistre à New York, signe chez CBS et entame une relation avec Fiona Skinner, sa première véritable compagne. Entre deux nuits blanches et quelques excès de jeunesse, il écrit This Is the Day sur un Omnichord, petit instrument électronique japonais dont les arpèges semblent tenir à eux seuls un morceau de ciel britannique. Dans un entretien au Guardian, il raconte avoir pleuré en composant cette chanson autobiographique, traversée par les souvenirs, les lettres anciennes et les liens familiaux qui nous empêchent de nous dissoudre tout à fait. Dans le même mouvement, il cherche à faire cohabiter la nostalgie et la possibilité d’un nouveau départ. D’où cette formule, devenue promesse universelle, selon laquelle ce jour-là, précisément, notre vie va changer. L’ironie, c’est que cette renaissance commence par un lendemain de veille, les yeux rougis et le corps en vrac. Le blues retourné comme un gant : au lieu de se réveiller au petit matin pour raconter ses malheurs, Johnson transforme la gueule de bois en acte de foi.

Pour donner corps à cette drôle d’espérance, Johnson et son coproducteur Paul Hardiman assemblent une instrumentation qui échappe aux automatismes synthétiques de l’époque. Une ligne de violon, jouée par Paul Boyle, dessine la mélodie, bientôt rejointe par l’accordéon de Paul « Wix » Wickens, musicien de studio appelé presque au dernier moment. La batterie d’Andy Duncan et les claviers de Johnson complètent cette drôle de mécanique, capable de faire tenir dans la même pièce la pop électronique, le folk de travers et une forme de fanfare intérieure. La chanson prendra son temps, circulant de génération en génération jusqu’à devenir l’un des titres emblématiques de son répertoire. Johnson expliquait au Guardian que des auditeurs lui avaient raconté s’être mariés sur ce morceau, y avoir associé la conception de leurs enfants ou avoir souhaité qu’il accompagne leurs funérailles. Peu de titres pop peuvent prétendre couvrir avec autant d’aplomb les différentes stations d’une existence.

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