Avant d’être le musicien du tubesque Moonlight Shadow (mais siiii, vous connaissez), Mike Oldfield est celui qui, à vingt ans, fait tenir une œuvre entière sur une idée presque déraisonnable : enregistrer seul ou presque une fresque instrumentale de près de trois quarts d’heure. Tubular Bells, paru en 1973 sur Virgin, transforme ce jeune guitariste et multi-instrumentiste de Reading en phénomène inattendu. Un extrait de l’album sera ensuite utilisé par William Friedkin dans L’Exorciste, mais Oldfield ne devient jamais tout à fait le musicien d’un seul disque. Il passe les années suivantes à empiler les idées jusqu’à faire de la superposition son langage. En 1983, Crises conserve une pièce-titre de plus de vingt minutes, mais place à côté d’elle des chansons courtes, immédiatement mémorisables, dont Moonlight Shadow, In High Places et Foreign Affair.
Foreign Affair est enregistrée au milieu des créations labyrinthiques entre novembre 1982 et avril 1983 à Denham, dans le Buckinghamshire. Sur ce morceau, Oldfield joue du Fairlight CMI et des Roland Strings, tandis que Simon Phillips pose la batterie et le shaker et que Maggie Reilly assure le chant. Les paroles qu’elle cosigne avec Oldfield parlent d’une île, de la mer, d’une plage, d’une lagune, de chaleur et d’une rencontre amoureuse. Rien n’est vraiment raconté : Foreign Affair préfère aligner les images, comme si le morceau avançait par flashes successifs. La répétition du motif rythmique donne à cette rêverie une étrange et si paradoxale stabilité, faisant tout le sel de ce très joli morceau assez impérissable, belle anomalie dans la discographie d’un musicien habitué aux morceaux-fleuves. À noter, pour les plus pervers d’entre vous, que la chanson sera reprise en français dès 1984 par Wallis Franken sous le titre Étrange Affaire...


