Enregistré en mars 1981 aux Electric Lady Studios de New York, I Can’t Go for That (No Can Do) commence presque à rebours d’un tube de cette ampleur, comme l’explique cet article du Guardian. Daryl Hall reste dans le studio après une séance de travail sur Private Eyes, avec John Oates et l’ingénieur Neil Kernon, puis allume une boîte à rythmes Roland CompuRhythm et sélectionne le programme « Rock 1 ». Il pose ensuite une ligne de basse sur un orgue Korg, ajoute quelques accords et demande à Oates de jouer un motif de guitare. La chanson se construit ainsi directement sur bande, sans démonstration préalable ni grand dispositif d’écriture. Hall enregistre même des paroles provisoires faites de syllabes sans signification avant de reprendre le texte avec Sara Allen. Le saxophone de Charles DeChant arrive ensuite. Et puis il y a la voix merveilleuse de Hall qui passe de la voix pleine au registre plus haut sans épaissir inutilement la production. Le résultat est magicaaaal. I Can’t Go for That appartient ainsi au moment où Hall & Oates font entrer leur soul dans une esthétique plus froide, nourrie par les machines et les textures de la pop du début des années 1980. Private Eyes, paru en 1981, pousse justement le duo dans cette direction et ce que confirmera donc ce I Can’t Go for That.
Quant au titre de la chanson, il ne s’agit pas tant d’un refus amoureux que des rapports de pouvoir avec l’industrie musicale. À l’époque, il avait le sentiment d’être constamment incité à accepter des décisions prises par les managers et les maisons de disques. I can’t go for that, no can do » demande au fond jusqu’où accepter les exigences extérieures avant de céder une partie de son identité artistique, au moment où Hall & Oates vivaient leur succès. Le morceau sort comme deuxième single de Private Eyes à la fin de 1981 et devient leur quatrième numéro un américain. La postérité du morceau passera aussi par le hip-hop : De La Soul en reprend un élément pour Say No Go en 1989. Quelques années plus tôt, Michael Jackson avait lui-même indiqué à Hall qu’il s’était inspiré du groove de la chanson pour Billie Jean, une influence que John Oates a depuis confirmée. La ligne de basse de Hall n’est donc pas seulement restée attachée à un tube de 1981. Sans oublier Simply Red qui s’en inspire pour Sunrise en 2003.


