Sorti en 1996 sur Becoming X, le premier album du groupe anglais Sneaker Pimps, le morceau 6 underground connaît d’abord un succès modeste avant de se retrouver l’année suivante dans Le Saint, le (si peu mémorable) film avec Val Kilmer. Et soudain, cette drôle de chanson trip-hop, sensuelle et légèrement vénéneuse, s’est mise à résonner partout. C’est au moins la (seule) bonne nouvelle de ce projet cinématographique. Aux États-Unis, sa diffusion radio s’accélère après son apparition dans le film ; au Royaume-Uni, sa réédition de 1997 grimpe jusqu’à la 9ᵉ place des charts, contre une 15ᵉ place lors de sa première sortie.
Le groupe est alors constitué de Chris Corner, Liam Howe, Ian Pickering et Kelli Dayton. Corner et Howe façonnent les textures électroniques et les guitares, Pickering participe notamment aux paroles, tandis que Kelli Dayton apporte cette voix immédiatement reconnaissable qui flotte au-dessus d’un piano délicat, de programmations électroniques et d’une production downtempo qui semble avancer au ralenti. I’ve got a head full of drought, down here… Le morceau donne l’impression de parler d’une nuit interminable, d’une fuite prochaine, d’une histoire d’amour qui aurait mal tourné. Son titre donne pourtant une piste : 6 Underground joue sur l’idée de six feet under, six pieds sous terre. Kelli Dayton expliquait à l’époque que le morceau évoquait le sentiment d’être « enterré » dans une ville ennuyeuse, lorsqu’on est jeune, créatif et qu’on étouffe dans un environnement trop petit. Chris Corner, lui, résumera plus directement le propos : il s’agit de grandir dans une ville où l’on a l’impression de mourir à petit feu et de vouloir partir pour découvrir le monde.
On reconnaît un bel emprunt à Golden Girl, chanson composée par John Barry pour Goldfinger, le James Bond de 1964. Dans le film, le morceau accompagne la scène où James Bond découvre Jill Masterson recouverte de peinture dorée. Les Sneaker Pimps prélèvent cette matière orchestrale très cinématographique pour la faire entrer dans un morceau trip-hop : le résultat donne à 6 Underground cette élégance rétro, légèrement mélancolique, qui contribue infiniment à son charme.



