Avec I’m Doin’ Fine, Day One résume en quatre minutes toute la mélancolie ordinaire qui traverse Ordinary Man, premier album assez mésestimé du duo de Bristol paru en 2000 sur Melankolik, le label de Massive Attack. Phelim Byrne et Matthew Hardwidge y fabriquent un étrange alliage de hip-hop, de folk, de pop et de trip-hop, préférant aux démonstrations de force du rap les petites histoires, les solitudes urbaines et les gens qui semblent toujours un peu à côté de leur propre vie. Le disque, enregistré en partie à Los Angeles avec Mario Caldato Jr., tient justement dans cette capacité à faire cohabiter beats électroniques, instruments acoustiques et écriture de proximité.
I’m Doin’ Fine est sans doute l’une des plus belles illustrations de cette formule. Sur une rythmique souple et légèrement traînante, Byrne raconte la solitude au milieu de la foule, le besoin de trouver quelqu’un, de se sentir appartenir à quelque chose, avant de se convaincre que tout va bien. Le titre dit évidemment l’inverse de ce que raconte la chanson : derrière le « je vais bien » se cache tout ce qui fait qu’on ne va pas bien : la confusion, le manque et cette difficulté très humaine à tourner la page. La mélancolie de Day One tient dans des détails minuscules, des situations banales et des émotions suffisamment ordinaires pour devenir immédiatement reconnaissables.
C’est là que le groupe se démarque dans le paysage britannique de la fin des années 90. À une époque où le hip-hop anglais cherche encore à s’affranchir de ses modèles américains, Day One ne joue ni la carte du gangsta rap ni celle de la virtuosité technique : Byrne chante, parle et rappe des personnages ordinaires, des histoires d’amour, des frustrations, du travail, de la solitude. Une façon de ramener le hip-hop au bitume quotidien plutôt qu’à l’imagerie spectaculaire, qui trouvera quelques années plus tard un écho évident chez The Streets.



