Culte des années 2000 : Dead 60’s – « Too Much TV Dub »

À l’époque où la scène anglaise redécouvre à marche forcée les vertus du post-punk, des Dead 60s venus de Liverpool refusent de choisir entre leurs fantômes. Le groupe regarde autant vers The Clash et The Specials que vers Lee « Scratch » Perry (celui-là qui a notamment fait l’un des meilleurs remix de tous les temps) et Too Much TV (Dub), face B de You’re Not the Law, pousse précisément cette collision dans ses retranchements. Ici, le morceau ne cherche plus vraiment à faire avancer une chanson : il la déconstruit. La guitare, la basse et les rythmiques semblent avoir été passées au tamis du studio, débarrassées de ce qui pourrait ressembler à une structure trop sage. Le dub devient une manière de mettre le morceau sous tension, de faire circuler les éléments, de laisser les espaces et les accidents prendre autant d’importance que les instruments eux-mêmes. C’est exactement ce que revendiquaient les Dead 60s à l’époque : le studio comme laboratoire, endroit où l’on peut « crossing the line » et essayer des choses impossibles à reproduire sur scène.

Derrière son titre volontairement sloganique se dessine déjà l’idée d’une musique qui refuse la passivité : trop de télévision, trop d’images, trop de bruit médiatique, et une réponse qui consiste à saturer à son tour le signal. Les Dead 60s assumaient d’ailleurs une écriture pensée en termes de slogans, plaçant Too Much TV, Riot Radio ou You’re Not the Law dans une tradition directement héritée du Clash. Musicalement, le morceau trouve son intérêt dans cette friction permanente entre l’urgence punk et la lenteur poisseuse du dub. La basse devient le centre de gravité, les effets ouvrent des gouffres dans le mix et les instruments cessent progressivement d’être des éléments distincts pour former une masse sonore plus trouble. Ce goût du bricolage et de la cacophonie était déjà relevé par Drowned in Sound, qui voyait dans les expérimentations de studio du groupe l’une des sources de son caractère le plus singulier. Le morceau annonce ainsi ce que les Dead 60s vont pousser beaucoup plus loin avec Space Invader Dub, disque bonus entièrement consacré à leurs relectures dub. Le punk fournit l’électricité, le dub le brouillard : entre les deux, les Dead 60s trouvent leur propre fréquence.

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