Ah, les voisins, source inépuisable de conflits et de… d’horreur au cinéma. C’est en acceptant de remettre une pièce dans le jukebox de ce genre assez éculé (la liste est longue comme un bras) que l’on va voir American Dollhouse de John Valley, présenté en mondovision à l’Étrange Festival après un passage remarqué au SXSW.
Sarah (Hailley Laurén) revient dans sa ville natale, située dans l’East Austin, pour prendre possession de la maison familiale décrépite laissée par sa mère décédée. Lorsqu’elle retrouve son frère dans la bicoque délabrée en question, celui-ci pense que le mieux pour la famille serait de la vendre et de laisser un promoteur la raser. Ils pourraient ainsi repartir avec un peu d’argent plutôt qu’avec un énorme casse-tête. Sarah, de son côté, a besoin d’un endroit où se poser après une série de mésaventures qui l’ont laissée dans une situation plutôt difficile, et aussi parce que, cœur de rockeuse, « épargner c’est boorrring ». Elle finit donc par emménager dans la maison pour économiser un peu d’argent et, peut-être, entreprendre progressivement des travaux pour la rendre habitable… mais bon, une fois qu’elle aura fini de tirer sur son bang.
Mais alors qu’une discussion a lieu entre le frère et la sœur, une voisine affublée d’un survêtement rose difficile à ignorer, Sandy (Kelsey Pribilski), intime à Sarah de perpétuer les traditions de Noël et d’accrocher les guirlandes lumineuses devant la maison afin de préserver le sacro-saint esprit des fêtes. On comprend vite que quelque chose ne tourne pas rond chez elle. La voisine se transforme en véritable harceleuse, espionnant sans aucune gêne Sarah à travers ses fenêtres et s’en prenant à son entourage (la meilleure amie comme le livreur de pizza…). C’est ainsi que commence un duel psychotique entre les deux femmes dont on va comprendre qu’elles sont confrontées chacune à des traumas et à un deuil impossible. Et c’est ainsi, avec une économie de moyens, des idées simples comme bonjour et assez jolies (un frère et une sœur dans un escalier qui regardent des photos de famille) et une pléthore de références (Psychose, Massacre à la tronçonneuse…) que le cinéaste propose une plongée dans l’horreur pavillonnaire, celle d’un pays (les États-Unis) où les monstres se planquent dans des maisons (de poupée) ordinaires, où les drapeaux américains ne flottent plus et où les fêtes de Noël deviennent le dernier rituel pour se rassurer que le monde ne part pas complètement en vrille (à moins que…).
Non sans adresse, Valley fait avancer son récit à grands renforts de plans sur les fenêtres, les reflets et les pièces plongées dans l’obscurité. Ça marche assez bien (une scène sur le toit est aussi surprenante que gonflée, faisant passer la zarbie Sandy du côté des boogeywomen). Puis, une fois que le climax arrive, le réalisateur confond hélas tension et tirage à la ligne. Ce qui devrait être haletant et traumatisant devient référencé et lourdaud, quand ça ne se révèle pas grotesque, et l’on regrette qu’il ait préféré le grand-guignol nanardesque à l’atmosphère réellement bizarre qu’il avait instillée de façon minimaliste jusqu’ici. Reste qu’on a envie de voir ce que tout ce petit monde va faire par la suite…
| Avec : Richard C. Jones, Hailley Lauren, Danielle Evon Ploeger, Kelsey Pribilski, Tinus Seaux… Scénario : John Valley Photographie : Taylor Camarot Montage : Samuel Butler Musique : Richard Hamilton Production : David Axe, Samuel Butler, Shane Greb, Christian Sosa, Jon Wroblewski |


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