[ÉTRANGE FESTIVAL 2026] « Spacetime chronicles » de Stefano Bertelli : drôle de science-fiction existentielle en papiers pliés

Drôle d’objet, si bizarrement fichu et sans boussole que l’on ne sait pas du tout par quel bout le prendre. Du moins, au début. Le réalisateur Stefano Bertelli entend transformer le bricolage en vertige cosmique. Soit. Son personnage principal s’appelle Fred (et non Freud), jeune homme qui ne comprend pas très bien ce qui se passe dans le monde autour de lui : les avions tombent du ciel, les trous noirs (à moins que ce ne soient les moteurs d’avion) recrachent des cubes noirs, les rivières surgissent de vomissements vert émeraude aux toilettes et envahissent les salles de classe, un chat philosophe porte des lunettes noires et pose des questions tantôt rhétoriques, tantôt métaphysiques.

La vraie originalité de ce délirium assez mince, c’est qu’il a été entièrement réalisé en stop-motion avec des modèles en papier low-poly. Un univers reconstruit à l’échelle d’un inconscient, conçu à partir de feuilles découpées, pliées, froissées et assemblées où il sera question d’abîmes qui donnent le vertige : Einstein, Hawking, trous noirs, gravitation, hasard, déterminisme. Comme on peut le voir brièvement dans le générique de fin, les formes en trois dimensions sont ainsi constituées d’une multitude de petites surfaces planes reliées par des plis et des arêtes, aussi belles à regarder que l’on imagine pénibles à animer. Question récit, les métaphores abondent : le trou noir devient ainsi l’image mentale d’un vide intérieur, tandis que l’avion en chute libre matérialise cette sensation de perte de contrôle. La clé se trouve donc dans le cerveau de notre protagoniste, dans sa mémoire, dans le soleil éternel de l’esprit immaculé. De quoi filer la métaphore : tout ce monde menace de finir chiffonné comme du papier. C’est aussi ce qui rend l’expérience à la fois amusante et vaine : on applaudit comme devant un enfant qui a construit un château de cartes sans le faire s’écrouler. Mais pour répondre aux questions, on sent vite que l’impasse guette et alors, pour boucler la boucle, on se raccroche à la poésie en contemplant les nuages. On peut s’en contenter, comme on peut trouver un peu démonstratif le fait que le mot « limbe » soit à ce point répété comme balise lumineuse.

Et du côté des terres limbiques, on est un peu déçu de se dire qu’il n’y a pas beaucoup de nouveauté ni du côté du rêve (Michel Gondry, son onirisme bricolé et son artisanat érigé en ambition métaphysique sont déjà passés par là), ni du fameux film-purgatoire façon Je t’aime, je t’aime d’Alain Resnais, L’Échelle de Jacob d’Adrian Lyne ou même, on y pense, Symphonie argotique de Tex Avery, qu’on a connu plus troublant. La faute peut-être aux voix parfois crispantes des personnages secondaires ou à la pesanteur de dialogues semblant sortis d’une longue réponse de ChatGPT à la question « explique-nous la physique quantique pour les nuls ».

Scénario : Stefano Bertelli
Photographie : Stefano Bertelli
Montage : Stefano Bertelli
Musique : Stefano Bertelli
Production : Riccardo Orlandi, Stefano Bertelli

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