Un homme veut se suicider parce que son émission préférée vient d’être annulée. Sur le toit d’un immeuble, un inconnu lui promet une autre vie : la célébrité. À condition de tuer. Voilà Star Time, premier film d’Alexander Cassini, longtemps relégué aux marges du cinéma de genre. Le masque de bébé, la hache, l’affiche de slasher : tout semble annoncer un énième succédané de film sur un serial killer. Mauvaise piste. Star Time préfère les couloirs mentaux, les écrans de télévision et les nuits urbaines à la mécanique du massacre.
Henry Pinkle, joué par Michael St. Gerard, est un homme-enfant désarmant, autiste dans son rapport au monde, dont toute l’identité semble avoir été fabriquée par la télévision. L’annulation de The Robertson Family lui retire son dernier repère. Sam Bones (John P. Ryan), récupère la mise. Il devient manager, gourou, démon ou hallucination (le film ne tranche jamais vraiment) et transforme Henry en tueur au masque de bébé. L’idée est simple, presque trop : quand la vie est entièrement médiatisée, la violence peut devenir une forme de spectacle et le meurtrier, une célébrité.
Certes, Cassini n’est pas toujours subtil. Sa critique de la télévision sent parfois son début des années 90, avec ses grands discours sur la réussite, la consommation et les médias. Le scénario affirme aussi beaucoup de choses qu’il aurait gagné à montrer. On ne voit presque pas The Robertson Family, alors qu’elle est censée être au cœur de l’obsession d’Henry. Les meurtres restent largement hors champ. Pour un film vendu comme un slasher, c’est un choix qui peut laisser sur sa faim. Mais ce qu’il perd en efficacité, il le gagne en étrangeté low-fi. Car Star Time fonctionne moins comme un film de tueurs que comme une plongée dans une conscience dérangée.
Cassini brouille les raccords, les temporalités et les espaces. Une scène semble se poursuivre alors qu’elle vient déjà de recommencer. Les écrans se multiplient. Des visages, des corps, des parasites vidéo surgissent comme autant de fragments d’une réalité contaminée. Autour, Los Angeles devient une ville froide, abstraite, presque inhabitée. Les appartements ressemblent à des décors de cauchemar. Les écrans sont partout, comme si Henry ne pouvait plus regarder le monde sans passer par une image. Toutes proportions gardées, on sent les inspirations de Lynch, d’Antonioni, d’Alphaville. Pas au même niveau, certes, mais les visions sont bien là. L’ensemble parle moins de la télévision qui rendrait fou que d’un homme qui ne possède aucune identité en dehors des images qu’il consomme. Henry ne veut pas seulement vivre. Il veut être regardé. Sam lui fournit le scénario. Les médias fournissent la caméra. La violence devient alors une performance. Et le film lui-même refuse de nous offrir le spectacle attendu.
1h 25min | Epouvante-horreur, ThrillerDe Alexander Cassini | Par Alexander Cassini Avec John P. Ryan, Michael St. Gerard, Maureen Teefy |
1h 25min | Epouvante-horreur, Thriller

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