[LABYRINTH ROMANESQUE] Shunya Ito, 1988

Labyrinth Romanesque (Hanazono no Meikyu, 1988), réalisé par Shunya Ito et adapté d’une nouvelle d’Edogawa Rampo, se présente comme un mystérieux film de meurtre dans un bordel de Yokohama en 1942. Mais derrière son intrigue de type giallo, Ito développe surtout une critique du militarisme japonais et de la déshumanisation qu’il produit. Le Fukuju Hotel fonctionne comme un microcosme de cette société en guerre. Les jeunes filles, Mitsu et Fumi, ont été vendues par leurs familles pauvres et découvrent brutalement qu’elles sont prisonnières d’un système d’exploitation sexuelle. Le parcours de Tae est encore plus révélateur : elle-même victime de violences, elle ne peut obtenir sa liberté qu’en reproduisant cette violence sur d’autres femmes. Le film montre ainsi comment un système oppressif transforme les victimes en complices de leur propre oppression.

Cette logique concerne également les hommes. Takemiya, pilote de chasse présenté comme un héros, déteste en réalité les avions et souffre de sa peur de mourir. Pourtant, son éducation et sa famille militaire lui ont fait croire qu’il n’a aucun autre avenir que celui du sacrifice. Le film rapproche ainsi les corps des femmes exploitées de ceux des soldats : tous deviennent des ressources que la société peut utiliser puis sacrifier. L’hôtel devient alors une métaphore du Japon en guerre. Ses couloirs, ses conduits et ses passages souterrains forment un véritable labyrinthe où circulent les voix, les secrets et les traumatismes. L’atmosphère fantastique renforce cette idée. Les fantômes et les apparitions semblent représenter un passé qui refuse de disparaître. La séquence contemporaine montrant l’hôtel abandonné avant sa démolition souligne particulièrement cette dimension : détruire le bâtiment ne suffit pas à effacer ce qu’il renferme.

Ito mélange mélodrame, horreur gothique et esthétique du giallo. Le film reste élégant, étrange et souvent très stylisé, avec une atmosphère de plus en plus oppressante. Son principal défaut reste sa confusion qui l’empêche d’en faire un Chaos Memories essentiel : l’intrigue accumule un peu trop les personnages, les révélations et les fausses pistes, au risque de perdre le spectateur. Le véritable mystère n’est finalement pas seulement de savoir qui a commis le meurtre, mais de comprendre comment un système social fondé sur la guerre, la pauvreté et l’exploitation peut produire autant de violence. Labyrinth Romanesque transforme ainsi son hôtel en tombeau d’une époque : un lieu où les personnages sont déjà condamnés avant même que le crime ne soit commis.

Labyrinth Romanesque
Titre original : Hanazono no Meikyuu / Hanazono no Meikyū / 花園の迷宮
Pays : Japon
Réalisateur : Ito Shunya
Date de sortie : 15/01/1988
Genres : Drame – Historique – Mystère
Durée : 1h58

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