Reprendre les mêmes jouets et recommencer. Voilà une formule que Pixar, comme tout bon studio états-unien de son temps, paraît prompt à suivre, ici par le nouvel opus d’une saga qui en comptait déjà un de trop, narrant cette fois la confrontation de Buzz, Jessie, Woody, etc. avec la tablette Lilypad, et avec elle tous les écrans qui corrompent la jeunesse. En bonne machine bien huilée, cette suite emprunte logiquement le chemin du perfectionnement technique plutôt que du changement, les rendus 3D toujours plus aboutis servant ainsi la mise en scène éminemment simple et limpide déjà constatée chez le studio. La formule, rodée et balisée, trouve néanmoins dans son dynamisme et sa perfection technique un émerveillement certain, particulièrement lorsqu’il s’agit de convoquer une esthétique plus vintage qu’à l’accoutumée, du vignettage omniprésent aux fonds de décors façon tableaux du Grand Ouest, épousant enfin une nature trop souvent délaissée.
Ne se glissent dans ce mécanisme agréable mais linéaire que quelques grains de sable stimulants, le long-métrage tentant enfin, après déjà quatre films, de matérialiser les instants de jeu enfantins du point de vue des jouets. Le trait y est ainsi plus pictural, convoquant une liberté ludique propre à l’imaginaire, qui peut alors piocher partout, et notamment dans le cinéma d’espionnage, pour proposer, quoique sporadiquement, des élans de divertissement toujours bienvenus. Pas de méprise néanmoins : le récit, comme la forme, se déploie selon un calcul déjà bien pensé. Un nouveau jouet qui suscite une nouvelle peur de l’abandon, et la machine est repartie sur les mêmes rails, écrasant quantité de personnages secondaires accumulés au fil de la série et dont l’inutilité devient ici manifeste, autant qu’une suspension d’incrédulité souvent mise à mal tant les ramifications scénaristiques alambiquées se multiplient.
Une fois l’inutilité de certains révélée au grand jour, c’est tout naturellement que ce Toy Story 5 se tourne vers de nouveaux personnages hauts en couleur dont il faut bien admettre l’efficacité comique et la bonhomie. Rouleau-pote en tête de liste, un gadget électronique censé apprendre à être propre, les ajouts touchent juste en ce qui est de prolonger un esprit comique connu dans la saga, sans pour autant sembler répéter des effets déjà vus, et donc forcément assez usés. Il suffit même, pour constater cette efficacité, de fermer les yeux un instant, ou du moins de profiter des instants de hors-champ pour saisir combien, une fois le visuel convenu dépassé, l’efficacité de Toy Story est avant tout rythmique, voire musicale, tout particulièrement grâce au renfort d’une VF d’aussi bonne facture. C’est là le signe d’un terreau qui ne demande qu’à être renouvelé, dans ses références comme ses personnages, pour plaire à nouveau. Problème : Woody et Buzz n’ont plus grand-chose de franchement intéressant à raconter, si ce n’est en étant relégués au rang de running gag ou de personnages quasi tertiaires. Malin, ce 5ᵉ épisode saisit alors, arrivé à mi-parcours, que sa saga est en réalité conclue depuis Toy Story 3, et emprunte alors le chemin du spin-off à pleine vitesse.
Les thématiques connues ne sont certes jamais loin (abandon, coming of age, lien amical), réanimées par une certaine pirouette de fan service, mais trouvent dans le personnage de Jessie la possibilité de réunir quelques larmes gardées cachées depuis le second film, et de les laisser éclater dans un sublime climax. Qui plus est, c’est ici l’occasion pour le film de réintroduire chez ses personnages un trouble moral trop souvent délaissé au cours de ses itérations. Pas de Lotso, Gabby Gabby ou autre antagoniste dont le visage mignon révèle finalement le machiavélisme total. La tablette-grenouille Lilypad ne sera ici que le miroir des angoisses et traumatismes de Jessie autant que de ses comportements souvent injustes, rappelant la violence essentialisante avec laquelle Woody laissait éclater ses maux intérieurs dans le film originel. Boomer et manichéen dans son approche des écrans, qui ne font ici que transformer en zombies les enfants, alors incapables de « jouer vraiment » (sans savoir ce que cela veut dire), le long-métrage s’accomplit davantage thématiquement lorsqu’il dessine, au final, une angoisse collective du dépassement et de la solitude. La toute jeune enfance est ici déjà berceau de violences, poussant à grandir trop vite et à enfouir ses moments de joie enfantine. À défaut d’ouvrir plus intelligemment son étude des outils numériques, ne serait-ce qu’en tant qu’échappatoire alternatif, Toy Story 5 trouve alors l’amusement au centre de la machine, pour peu que l’on se laisse aller à ses percées d’émotion et de surprise.
17 juin 2026 en salle | 1h 42min | Animation, Aventure, Comédie, FamilleDe Andrew Stanton, McKenna Harris Avec Jean-Philippe Puymartin, Tom Hanks, Richard Darbois |
17 juin 2026 en salle | 1h 42min | Animation, Aventure, Comédie, Famille


