Second nom représentant la délégation états-unienne au sein d’un Festival de Cannes 2026 affranchi de ses habitués hollywoodiens, The Man I Love signe le retour en compétition du cinéaste Ira Sachs, ici forcément outsider. À peine 1h30 pour raconter la figure iconique de Jimmy George, artiste de théâtre new-yorkais des années 80 à l’article de la mort, pourtant bien décidé à continuer de créer et de vivre. Si la performance de Rami Malek constitue l’argument majeur (ou repoussoir, c’est selon) du film, elle déroute d’abord assez, présentant une figure errante, chétive et refermée sur elle-même, animée de moues et de manières lunatiques auxquelles il est difficile de s’attacher tant le comédien semble vouloir « habiter » son rôle avant même de le servir. Toute la torpeur du long-métrage s’incarne alors dans ce personnage, engoncé dans une déprime permanente qui étire chacun de ses dialogues sans pour autant empêcher le film d’aller bien trop vite dans son écriture. À vouloir tout dramatiser, souvent à coups de chants religieux plaqués sur les séquences les plus banales afin d’en exhausser artificiellement la portée dramatique, le cinéaste perd toute prise avec le réel, son récit peinant alors à rendre crédibles ses différentes pistes narratives comme ses personnages secondaires, particulièrement désincarnés.
Le tout conserve pourtant un certain intérêt tant la mise en scène demeure appliquée, reposant sur une pléthore de comédiens et comédiennes habités qui servent le goût de Sachs pour les ambiances saisies dans leur continuité, à travers de larges compositions en profondeur. Naît alors, au sein de ces appartements new-yorkais souvent figés, une certaine efficacité à signifier la dissonance entre instants intimes doux et feutrés, et séquences publiques perdant le protagoniste dans la foule, voire dans le flou. L’ennui, c’est que le tout reste mortellement scolaire, porté par une photographie interchangeable avec quantité d’autres films d’époque, et de fait difficilement capable de remuer qui que ce soit, en témoigne la séquence donnant son titre au film, numéro chanté sur The Man I Love réduit à un banal champ/contrechamp entre scène et public.
L’étrange silence qui enveloppe alors le long-métrage, signifiant la violence du mutisme imposé à un individu ne cherchant qu’à vivre librement, joue finalement contre son propre camp. Ira Sachs ne cesse de montrer le besoin d’écoute de son protagoniste sans jamais pouvoir l’apporter lui-même, filmant peu à peu son personnage se déliter sans que personne ne fasse ou ne dise rien, dans de longs instants de malaise étouffants. Le cinéaste, lorsqu’il ne surcharge pas ses scènes de choix musicaux lourdingues, ne fait alors que constater, se murant dans le même silence qu’il semble pourtant vouloir critiquer, comme on regarderait sans rien faire un scarabée se débattre sur le dos. Ressortent certes quelques idées touchantes, particulièrement sur le rapport des proches à la maladie, souvent plus craintifs que le malade lui-même, malheureusement trop sporadiques pour un film revenant toujours inlassablement vers la douleur, jusqu’à l’ennui.
| 1h 35min | Comédie musicale, Fantastique, Romance De Ira Sachs | Par Ira Sachs, Maurício Zacharias Avec Rami Malek, Rebecca Hall, Ebon Moss-Bachrach |



