[CANNES 2026] GAZETTE CHAOS DU FESTIVAL – JOUR 10

CANNES, JOUR 10 – Emmanuel Marre et Swann Arlaud, rois du chaos (Notre salut, en compétition), Quentin Dupieux’s happening à la Quinzaine (Le Vertige, en clôture), un record de standing-ovation en compétition pour la séduisante (et frustrante) Bola Negra de Los Javis, Lukas Dhont déçoit (Coward), Bruno Dumont à la Quinzaine (Les roches rouges)…

Du cringe, de l’inconfort, de l’effroi surgissant autour de small talks à première vue anodins, le tout compilé dans un merveilleux dernier plan teinte diaphane (un coloris qu’on cherche désespérément sur notre palette depuis le début de la Compèt)… Notre Salut d’Emmanuel Marre a tout d’un candidat sérieux à la Palme, et sa finesse d’écriture devrait réussir à lever certains doutes quant à sa capacité d’export : même un public non familier avec l’histoire française devrait pouvoir s’y retrouver et in fine retomber sur ses pattes. Chaussant justement ses bottes de mockumentaire, travaillé par une lumière blanche et agressive jetant une lumière crue sur toute une galerie de jeunes loups prêts à mettre leur soif d’efficacité au service de n’importe quoi, Notre salut ne cesse de faire dialoguer le pathétique et le grandiloquent, agrégeant Modiano, Bove, Arturo Ui et un grotesque administratif qu’on croirait sorti d’un tableau de George Grosz. Jusqu’à un point de bascule où l’on se rend compte que ce petit théâtre des vanités n’est plus drôle du tout (paille, pot de chambre et prix du carburant impossible à rationaliser venant siffler la fin de la récré). C’est vertigineux, et on est contents de se dire que pour une fois on n’a pas l’impression de procéder à un abus langagier. Il y aurait encore des tas de choses à dire sur comment ce diable d’équilibriste qu’est Swann Arlaud réussit à provoquer une certaine empathie pour ce personnage passé à côté de sa vie, apportant ce trouble dont tant de personnages aujourd’hui décharnés manquent dans le cinéma historique. Plutôt que de les dire, on a préféré en parler avec eux dans la Chaos TV…

Et Emmanuel Marre en a profité pour nous donner ses films chaos à découvrir…

 

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Sinon, de façon moins majeure et plus anecdotique, des nouvelles (à nouveau) de Quentin Dupieux dont le nouveau film Le Vertige a fait la clôture de la Quinzaine des réalisateurs. À peine sortis de son Full Phil, énième film-anecdote « sympa sans plus » d’un Quentin Dupieux toujours aussi fécond, voilà que l’on retourne voir son Vertige avec l’espoir d’y retrouver l’ambition retorse, mais estompée, du cinéaste. Si le point de départ narratif y est toujours aussi succinct (Jacques vient expliquer à son ami Bruno que l’humanité tout entière est en réalité une simulation), c’est bien du côté esthétique que la proposition intriguait, avec ses personnages animés polygonaux. Le jeu est détaché, Quentin Dupieux convoquant Alain Chabat et Jonathan Cohen pour ce qu’ils représentent avant tout dans l’imaginaire collectif : des voix au ton et au phrasé immédiatement identifiables. Cela lui permet de revenir à un cadre presque théâtral, parfois proche de la fiction audio, tant il ne s’agit souvent que de voix. L’image, elle, se résume à une écrasante majorité de champs/contre-champs minimalistes et programmatiques, débarrassant Dupieux de certaines de ses frasques parfois agaçantes. Dupieux les remplace ici par une direction artistique oscillant entre vidéo ASMR et visages écrasés façon Max Payne (ou n’importe quel jeu de cette ère PS2) dans une bizarrerie sans doute plus proche des bases de son cinéma. Le boulevard de l’absurde lui est alors totalement ouvert, dans une progression moins tenue narrativement, avançant davantage de blague en blague. À force, le comique finit cependant par se tasser, jusqu’à déboucher sur une platitude assez ennuyeuse, qui n’engage plus grand-chose malgré la courte durée du film (à peine 1h07). C’est là le revers de la médaille d’un auteur devenu plus sage, plus mesuré : nous sommes davantage face à un court-métrage étiré qu’à un long pleinement tenu, laissant le goût d’une blague un peu trop longue pour le coup… Lire la critique 

@chaosreignfr Quentin Dupieux a assuré la clôture de la Quinzaine des cinéastes avec son film d’animation, « Le Vertige ». Alain Chabat, Jonathan Cohen, Anaïs Demoustier et Jean-Marie Winling au casting. Verdict chaos. #cannes2026 #film #QuentinDupieux #cinema #cannesfilmfestival #AlainChabat #JonathanCohen ♬ son original – CHAOS

Un autre passage du côté de la Quinzaine avec Les roches rouges, le film à hauteur d’enfants de Bruno Dumont. Tourné sur la Côte d’Azur, le film adopte une approche quasi-documentaire, portée par un usage affirmé du grand angle. Une review en vidéo s’impose…

@chaosreignfr Bruno Dumont de retour avec son dernier film "Les Roches Rouges" présenté à la Quinzaine des cinéastes cette année au Festival de Cannes. Instant critique.#cannes2026 #film #cinema #cannesfilmfestival #BrunoDumont ♬ son original – CHAOS

On retourne en compétition avec un autre phénomène… Accomplis et loués pour leurs séries télévisées, ce n’est encore qu’avec le sympathique mais maigre Holy Camp que le duo espagnol Los Javis (Javier Ambrossi & Javier Calvo) s’immisce au cinéma. Présenté en compétition, La Bola Negra nous plonge dans l’Espagne de trois époques (1932, 1937 et 2017) pour y explorer la vie de trois hommes au lien d’abord ténu, mais que les mêmes désirs et douleurs unissent bientôt. Rompus à l’exercice de l’écriture sérielle, Los Javis trouvent ici l’accomplissement d’une fluidité narrative presque absolue, plaçant, dans un rythme effréné, trois intrigues qui, même reliées par un lien encore inconnu, embarquent immédiatement par leurs enjeux. Si l’on se voit régulièrement frustré par un tel aspect condensé, qui frise parfois l’effet cliffhanger pour passer d’une temporalité à l’autre, le tout se fait suffisamment bien agencé pour emporter l’adhésion, d’autant qu’il est tenu par un éventail de comédien.ne.s absolument irréprochables, portés par la mise en scène presque baroque des cinéastes, maniant limpidité et spectacle dans une précision rare. C’est peut-être là un premier indice de la distance qu’impose le visionnage du film : soit trop émotionnel, soit trop théorique, en tout cas visiblement trop pensé, trop visible dans les coutures de son artisanat du mélo pour embarquer naturellement. Lire la critique. Coward de Lukas Dhont, également en compétition et qui est passé juste après, souffre hélas de la concurrence en sus d’être d’un niveau en-dessous. Review glaciale ici. Palme toutefois aux Javis d’avoir transformé le red carpet en dance floor…

 

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Demain, dernière gazette, on évoquera les derniers films que nous n’avons pas traités dans cette gazette et l’on parlera Palmomètre.

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