CANNES, JOUR 8 – Le nouveau NWR difficilement défendable, même par ses fans hardcore (Her Private Hell, hors compétition), une compétition qui ne (palme) dort plus (Minotaure d’Andreï Zviaguintsev, qui récolte une pluie de Palmes dans notre Palmochaos), des jolis petits films à l’ACID (Promised Spaces) et à la Semaine (Seis meses en el edificio rosa con azul), des courts métrages du côté de Cannes Classics (dont un, pas fameux, de notre NWR)…
Difficile, cette année, de détourner le regard de ce qui s’est joué sur la Croisette. Et non, il ne s’agit pas de l’affaire Bolloré qui secoue la grande famille du cinéma français, mais bien du cas NWR. Un cas épineux, nous concernant, puisque nous aimons son cinéma depuis le début (la trilogie Pusher, Fear X, Bronson, Le Guerrier silencieux, Drive… on en passe). Un cinéaste que nous avons toujours défendu bec et ongles, envers et contre ses éternels détracteurs. Pourtant, cette fois, il faut se rendre à l’évidence : les arguments pour voler à son secours se font désespérément rares. La projection a eu lieu dans un climat glacial, presque irréel, où les départs se sont multipliés par grappes, minute après minute. À vingt minutes du générique final, les téléphones avaient déjà ressurgi dans les mains des festivaliers, soit le symptôme limpide d’un décrochage collectif rarement observé à ce niveau de compétition.
@chaosreignfr Les larmes de Nicolas Winding Refn à Cannes #cannes2026 #film #cannesfilmfestival #cinema #nwr ♬ son original – CHAOS
Le lendemain, Nicolas Winding Refn s’est présenté en conférence de presse dans un état d’émotion palpable. On retiendra surtout cet instant où il a confié : « Avant de mourir, j’étais arrivé au bout de ma carrière parce que je n’avais plus rien en moi. » Le réalisateur faisait alors référence à la fuite valvulaire mitrale diagnostiquée après un grave accident survenu en 2023, au cours duquel il affirme avoir été « mort pendant 25 minutes ». « J’ai compris qu’on m’avait offert un cadeau avant de mourir : celui de pouvoir tout recommencer (…) Combien de personnes obtiennent une seconde chance ? Moi, Dieu me l’a donnée. Et je devais en faire quelque chose », explique-t-il, quelques secondes avant de fondre en larmes. Triste et on lui souhaite, après ce film de la résurrection, de passer à un nouveau chapitre dans sa carrière…
Les bonnes nouvelles viennent de la compétition, avec L’Inconnue d’Arthur Harari notamment, qui continue d’agiter les passions, les discussions, les querelles. Thierry Frémaux avait bien prévenu lors de la conférence de presse, au moment d’annoncer les films en sélection début avril, en insistant sur le fait que ce film-ci avait provoqué des débats au sein du comité. Et les débats, c’est sain, comme le résume Gautier en vidéo…
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La compétition repart de plus belle avec Minotaure, de Andreï Zviaguintsev. Miraculé après un vaccin anti-covid qui a failli lui coûter la vie, le réalisateur russe propose un drame sur un couple de la bourgeoisie russe, avec en toile de fond la guerre et le délitement de la société et tourné à Riga en Lettonie faute de pouvoir le faire en Russie. Ce remake de La femme infidèle (1969) de Claude Chabrol, raconte l’histoire d’un chef d’entreprise prospère qui vit avec sa femme et leur fils dans une belle demeure en bordure de forêt. Lui gère son affaire tout en s’occupant de trouver au sein de son entreprise des conscrits pour l’armée russe, elle s’ennuie dans cette vie engoncée et semble entretenir une relation extraconjugale, qui va pousser son mari à embaucher quelqu’un pour mener l’enquête. Terminé en 2023, le scénario situe l’histoire quelques mois après le déclenchement de la guerre en Ukraine, en pleine mobilisation de conscrits pour aller se battre sur le front. Le film montre une société où politiques et décideurs économiques envoient à la mort les citoyens les moins productifs, préservant les plus utiles à l’économie russe. Lire la critique ici.

On salue deux petits films pleins de promesses à l’ACID et à la Semaine de la Critique. Tout d’abord et respectivement, Promised Spaces de Ivan Marković. L’ombre d’un certain Apichatpong Weerasethakul plane tant la lenteur que ce petit film impose porte vers une contemplation teintée de mélancolie comme de violence. La fascination pointe alors, et persiste au fil d’1h16 intelligemment resserrées. Lire la critique ici.

Et, Seis meses en el edificio rosa con azul de Bruno Santamaría Razo. Certes plutôt bon élève dans son approche du coming of age, un film qui touche par l’introspection intime dont il témoigne, celle d’un enfant devenu adulte, en proie à la dissonance qui lacère chacun de ses souvenirs : son identité queer. Lire la critique ici.
Et on finit sur un triptyque de courts-métrages produits ou réalisés par de grands noms du festival et présentés à Cannes Classics. Une séance à laquelle Lilou a assisté et où… NWR présentait un court-surprise (ce qui en faisait non plus un triptyque mais un tétraptyque !). Le hic, c’est que le court n’est pas mieux que le long. Le cas du cinéaste, reçu avec les fourches hors compétition, ne s’est alors pas arrangé du côté de Cannes Classics vu que son court était en réalité… une publicité Prada entièrement générée par intelligence artificielle, le montrant aux côtés de son ami Hideo Kojima en spationautes lancés à pleine vitesse dans un récit de SF pulp. Si l’esthétique peut intriguer un temps, le tout se révèle rapidement une masse informe vide de toute décision de montage comme de mise en scène, simple suite de saynettes relevant davantage du fantasme adolescent que du récit construit. S’ajoute à cela un matraquage du nom de la marque promue, présent, sinon sur chaque accessoire du métrage, du moins sous forme de néons rouges surgissant au centre de l’écran. Difficile de comprendre comment pareil objet a pu se retrouver sur les écrans du plus grand festival de cinéma du monde, prônant qui plus est l’art humain avant tout, sinon pour le nom d’un cinéaste tristement en roue libre.
Sur une note plus positive, on notera le court-métrage Torino Shadow du cinéaste chinois Jia Zhang-ke, ici aventuré sur les terres italiennes pour y suivre le voyage paisible d’une mère. Une ode à l’immatérialité toujours subtilement visuelle, témoignant, dans une invitation à la pause et à la contemplation, d’un besoin de s’ancrer dans l’instant présent et de le partager, quand le monde dégringole vers le matérialisme. Lui ont emboîté le pas l’esthétiquement amusant mais narrativement creux Goodnight Lamby de Dustin Yellin, ainsi que le fort perturbant Playground (L’Air de jeu) de l’Iranien Amirhossein Shojaei, plongée dans le trouble d’un père cherchant sa fille, du moins si l’on s’assure qu’il ne s’agit pas là d’une traque malsaine. Et soudain, vous frissonnez…



