Côté « film impossible à pitcher » sous peine de hâtivement broyer quantité d’efforts déployés par les distributeurs, Everytime se pose là : voilà un film de deuil, de soleil et de drogues qui nous a touchés en plein cœur.
Au lendemain d’une soirée champignonesque, une sale histoire qu’on ne vous détaillera pas ici réunit une mère, sa fille et un adolescent. Aux prises avec la culpabilité et le pardon, notre improbable trio s’envole pour Tenerife afin de vivre des vacances de compensation, en famille recomposée (on ne sait pas trop si vous comprenez cette langue sibylline, mais nous sommes assez fiers de la formule). Sous l’éclat du soleil, le passé et le présent commencent doucement à se confondre… Et le film questionne avec brio comment faire quand il n’y a rien à faire, quand on sait tous que les mots ne seront pas suffisants pour réparer ce qui s’est passé : un petit jeu social qui impose de continuer à dialoguer, à faire semblant, à ne pas détourner le regard, ni donner dans la complaisance pour la noirceur… Bref, il n’y a aucune bonne façon de procéder, seulement des emmerdes à récolter, et pourtant la plus élémentaire des décences commande d’être en état de survigilance permanente (dans un registre plus léger, le festivalier se connectant à sa billetterie à peu près 563 fois par jour ne pourra que s’identifier).
Dans cette omelette basquaise où l’on ne peut que marcher sur des œufs, le film arrive à tisser quelque chose de très délicat autour de ce sujet-éléphant-dans-la-pièce, et parfois en déjouant brillamment les attentes : le cacheton ingéré lors du drame initial va circuler entre tous les personnages, ouvrant des réalités parallèles dont on ne sait plus trop si elles sont des voies de traverse ou des routes principales… Dans ce cinéma trimardeur (« Je trouve ça beau quand on sort d’un film sans parvenir tout à fait à saisir ce qu’on vient de voir », lâche la cinéaste dans une interview au The Hollywood Reporter), le point de vue ne cesse de circuler, et le spectateur hallucine peut-être ce qu’il voit : les mots de Cascada n’ont jamais paru aussi adaptés (« Everytime We Kiss, I Swear I Could Fly »)…
| 1h 56min | Drame De Sandra Wollner | Par Sandra Wollner Avec Birgit Minichmayr, Tristan López, Lotte Shirin Keiling |



