« L’espèce explosive » de Sarah Arnold à la Quinzaine à Cannes : une amusante comédie qui déraille en douce

Il est des films discrets qui « font du bien », sans que la formule ait quoi que ce soit de péjoratif. Alors que tout ici, à Cannes, respire le faste, l’opératique, l’imposant (comment composer décemment son planning quand la durée moyenne des films en compèt est de 4h18?), voilà un long qui utilise avec brio la petite forme (1h32 à tout casser, pour aller chercher des choses plus profondes qu’il n’y paraît).

Dans une campagne du Nord-Est de la France, les sangliers qui ravagent les cultures provoquent une guerre ouverte entre chasseurs et agriculteurs. Brun, céréalier en faillite, lutte pour maintenir sa ferme à flot. Quand un notable du coin le pousse à bout, il déraille et disparaît. Un an plus tard, Fulda Orsini, un gendarme corse incarné par un Alexis Manenti décidément partout (son Du fioul dans les artères, ayant lui aussi un rapport avec un bel animal polonais, est passé samedi à la Semaine), est muté dans la région pour raisons disciplinaires : c’est lui qui va mener l’enquête.

On devrait plutôt dire l’anti-enquête, puisque le film se plaît à travailler une forme de surplace ou de chemin de traverse qui nous écarte systématiquement de la route principale : on parle énormément dans L’Espèce explosive, comédie downtempo avançant clairement en territoire coenien, mais c’est surtout pour ne pas s’écouter. À chaque fois que le binôme d’Alexis Manenti (un Vincent Dedienne habilement transformé en hétéro-beauf tout fier de mitrailler des photos depuis sa rutilante tablette), tente d’embarquer le spectateur dans l’enquête, celle-ci est neutralisée par ce qui se passe chez l’habitant interrogé : on sort son smartphone pour swiper les célibataires du coin, on s’intéresse au parfum des petits sablés à la cannelle disposés sur la table, ou on se laisse distraire par une mouche surgissant dans le champ (l’épisode 18 de la saison 2 de Malcolm s’était déjà intéressé à la chose avec un Francis incapable de rester pour étudier à son bureau : c’était bien avant que les mots procrastination et Ritaline n’aient pénétré le Larousse). D’un côté, une enquête policière impliquant tous les notables du patelin (qué s’apelorio… Sérieux !) dont on se fout éperdument ; de l’autre, un plaisir fou à voir des acteurs jouer la carte de la dérivation permanente.

Outre Bertrand Belin, génial en intraitable capitaine de caserne, c’est Ella Rumpf qui remporte ici la mise (elle a de toute façon rarement raté le coche). La psychologue dont on écorche non sans mépris le nom, et qui reçoit chaque semaine les gendarmes dans un placard à balai généreusement alloué par la puissance publique (!), avance sur un fil funambule et quasi pyromane : dans ce film où l’on a l’impression d’être constamment imbibés (clin d’œil aux festivaliers déjà émoussés qui ne pourront que s’identifier) surgit l’une des plus belles scènes de champ-contrechamp-branlette de toute l’histoire du festival de Cannes (et nous en sommes à la 79ᵉ édition)… Serveur, on veut la même chose dans notre bouteille en plastique Cristalline, tout de suite !

7 octobre 2026 en salle | 1h 35min | Drame, Policier
De Sarah Arnold | Par Sarah Arnold, Olivier Seror
Avec Alexis Manenti, Ella Rumpf, Vincent Dedienne

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