[CANNES 2026] GAZETTE CHAOS DU FESTIVAL – JOUR 4

CANNES, JOUR 4 – Une séduisante bizarrerie à l’ACID (Blaise de Dimitri Planchon et Jean-Paul Guigue). Un film « pas-mal-mais-qui-casse-pas-trois-pattes-à-un-canard » à UCR (Club Kid de Jordan Firstman), un contre-avis pour Fatherland de Pawel Pawlikowski (parole à la défense!), une petite déception pour le Ryūsuke Hamaguchi en compétition (Soudain), du body horror à minuit (Sanguine de Marion Le Corroller) et du Radu Jude à la Quinzaine (Journal d’une femme de chambre).

Joie d’ouvrir la gazette sur un film présenté à l’ACID : Blaise. L’histoire d’une famille (la famille Sauvage, qu’elle s’appelle) qui aimerait juste qu’on l’aime. Carole tente d’améliorer sa mauvaise réputation auprès de ses employés, Jacques la sienne auprès de ses amis. Quant à leur fils, Blaise, entraîné par une fille, il se lance poliment dans une croisade révolutionnaire et totalement improvisée. Si la bizarrerie de ses visuels suffisait déjà à susciter l’attente, c’est bien en tant qu’adaptation de la bande dessinée (et du programme court) éponyme que Blaise attire le plus. Le récit choral de la famille Sauvage, d’une mère froide avec ses employés à un père en quête d’affirmation de sa stature, en passant par un fils, Blaise, pris entre romance adolescente et croisade révolutionnaire improvisée.

De son expérience de bédéiste, Dimitri Planchon, co-réalisateur ici aux côtés de Jean-Paul Guigue, tire la clarté de cadres aussi simplement composés que foisonnants d’une myriade d’idées visuelles. Jusque dans les affiches qui tapissent les murs de la chambre du jeune Blaise, l’idée absurde, propice au rire, est partout. Si le style figé entraîne nécessairement certaines longueurs par endroits, son étrangeté captive assez, véhiculant un sentiment de quasi-déréalisation qui meut chaque séquence. Les visages sont bouffis autant que leurs volumes en 3D, le passage du papier au grand écran appuyant l’impression d’un monde écrasé, duquel toute humanité semble étriquée. Lire la critique

On notera une grosse tendance du festival pour cette 79ᵉ édition : le film « pas-mal-mais-qui-casse-pas-trois-pattes-à-un-canard », dont on se demande bien comment il va pouvoir survivre au poids toujours plus pressant des années (365 nouveaux jours et un quart ajoutés chaque annuité, c’est toujours utile de le rappeler pour les distraits au fond de la classe). Club Kid de Jordan Firstman est assurément de ceux-là, mais il a au moins le mérite de conserver un peu de mystère au sein de son pitch… Un pitch qui refuse le divulgâchage : « Un promoteur de soirées new-yorkais sur le déclin est contraint de remettre sa vie en ordre lorsqu’un visiteur inattendu fait irruption ». Lire la critique

Dans la précédente gazette, Gautier (Roos) a donné son avis (plutôt déçu) sur Fatherland. Mais il se trouve qu’une autre partie de la rédac réclame la parole à la défense, en l’occurrence Lilou (Romans) qui lui a attribué quatre belles étoiles dans le Palmomètre enthousiaste. On rappelle l’histoire : en 1933, le grand écrivain allemand Thomas Mann quitte son sol natal à l’arrivée d’Hitler. Fatherland fait revivre son retour d’exil seize ans plus tard dans un pays fracturé entre Est et Ouest, où il est sommé de choisir son camp. Le film en noir et blanc du Polonais Pawel Pawlikowski tente, en seulement 1h22, à condenser les fractures qui traversent, en 1949, un pays en voie de dénazification et les tiraillements du plus grand écrivain allemand, accompagné de sa fille Erika. Selon Lilou, en un geste aussi limpide que concis, Pawlikowski déploie pourtant un regard d’une richesse thématique impressionnante sur l’époque qu’il aborde. Lire sa critique.

Toujours en compétition, Soudain ! Alors qu’Asghar Farhadi se remet sans doute doucement de s’être égaré dans l’exercice (le très raté Histoires parallèles), voilà le tour pour Ryusuke Hamaguchi, cinéaste japonais venu concrétiser la réussite de son exceptionnel Drive my Car sur la Croisette, de poser ses valises en Hexagone. Il y narre ici la rencontre de Mari, metteuse en scène japonaise en lutte contre un cancer, et Marie-Lou, directrice d’Ehpad française décidée à y imposer la curieuse philosophie de l’humanitude. À l’image du concept d’humanitude qu’il développe, philosophie consistant à prendre le temps de comprendre tout un chacun dans son humanité propre, le film prend le temps, invite à la pause et à l’écoute dans la pureté de cocons réconfortants. Il faut alors se laisser bercer des heures par les discussions de Tao Okamoto et Virginie Efira, toutes deux excellentes dans l’interprétation d’une amitié aussi spirituellement profonde qu’elle est a priori superficielle. C’est là l’orfèvrerie du cinéaste autant que le potentiel de l’humanitude : nul besoin d’en faire beaucoup pour que les choses prennent vie. L’espoir fait vivre, il réjouit ici durant 3h16 (ce qui fait quand même une petite durée…), mais il s’estompe forcément un jour, dans quelques petites notes de déception. Lire la critique.

Deux mots rapidement sur deux propositions singulières. Tout d’abord, Sanguine de la réalisatrice Marion Le Corrollier, présenté à minuit. Le plaisir horrifico-charnel annuel de la Croisette, désormais habituée à laisser entrer des monstres. Pour son premier long-métrage, Marion Le Corroller, déjà prometteuse dans le court-métrage, poursuit ses explorations du milieu médical au travers d’une jeune interne débordée aux prises avec les cas d’une maladie étrange, dont elle va peu à peu retrouver les symptômes sur son propre corps. Peu importe que la machine de l’horreur à la française soit précaire : elle fonce tout droit, sans freiner. Lire la critique.

 

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Enfin, Le Journal d’une femme de chambre de Radu Jude, une adaptation très, très, trèèèès libre du livre d’Octave Mirbeau, déjà adapté (de façon inoubliable) par Don Luis dans les années 60. On vous en parle rapidement dans la vidéo ci-dessus (oui, on vous fait des avis à chaud sur l’InstaChaos). Mais pour vous donner une idée, disons que c’est Mirbeau adapté en comédie de Noël roumaine, avec Mélanie Thierry et Vincent Macaigne en bourgeois bordelais qui emploient une nounou roumaine et la traitent avec la bienveillance condescendante réservée aux causes qu’on soutient sans les comprendre. Le film a déclenché autant de rires que de claquements de portes dans les salles de la Croisette, ce qui, pour quiconque connaît Jude, était exactement prévisible et exactement le but.

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