L’histoire d’une famille (la famille Sauvage, qu’elle s’appelle) qui aimerait juste qu’on l’aime. Carole tente d’améliorer sa mauvaise réputation auprès de ses employés, Jacques la sienne auprès de ses amis. Quant à leur fils, Blaise, entraîné par une fille, il se lance poliment dans une croisade révolutionnaire totalement improvisée. Si la bizarrerie de ses visuels suffisait déjà à susciter l’attente, c’est bien en tant qu’adaptation de la bande dessinée (et du programme court) éponyme que Blaise attire le plus.
De son expérience de bédéiste, Dimitri Planchon, co-réalisateur ici aux côtés de Jean-Paul Guigue, tire la clarté de cadres aussi simplement composés que foisonnants d’une myriade d’idées visuelles. Jusque dans les affiches qui tapissent les murs de la chambre du jeune Blaise, l’idée absurde, propice au rire, est partout. Si le style figé entraîne nécessairement certaines longueurs par endroits, son étrangeté captive assez, véhiculant un sentiment de quasi-déréalisation qui habite chaque séquence. Les visages sont bouffis autant que leurs volumes en 3D, le passage du papier au grand écran appuyant l’impression d’un monde écrasé, duquel toute humanité semble étriquée. En découle un faux rythme d’abord déstabilisant, enchaînant sketches et personnages sans que ni fil rouge ni caractérisation solide n’émergent. Tous sont ici privés de vigueur, au service d’un humour pince-sans-rire certes amusant, mais qui peine d’abord à prendre racine. La répétition fera alors le travail, dépassant le choix du film de se frotter au double tranchant d’un étirement constant de chaque gag, jouant par instants en sa défaveur.
Blaise accélère alors en une boule de neige dont la force comique grossit aussi vite que sa capacité à accumuler la bêtise, aboutissant à un enchaînement d’événements ravageurs, chaotiquement piquants. L’émotion se substitue à la désinvolture, pour des mécaniques comiques dont l’efficacité corrosive ne se révèle pleinement qu’une fois leur sillon arrivé à terme, dans l’accumulation d’absurdités et de quiproquos. Reste alors, au centre de cette grande farce politique, un protagoniste éponyme flottant au gré du vent. C’est là le premier flottement qu’approche Blaise : celui vers lequel mène une pression constante des jugements extérieurs, forçant à enfouir personnalité et avis subjectifs pour ne jamais craindre le contre-courant. Tout ne peut qu’être façade et performance, pour une bien-pensance ô combien déshumanisante. La vie s’échappe, en un tempo étrangement mécanique, révélant le second flottement : celui d’une pensée perdue à la recherche du bon mot, quitte à fondre vers la mort des idées et le pseudo-apolitisme le plus dangereux. On sait alors vers quelle direction le vent mène ce prétendu centrisme, inapte à voir ses propres violences comme à assumer ses positions, jusqu’à la mort de toute communication : le fascisme. Le constat final est aussi comiquement cynique que profondément pessimiste.
| 1h 22min | Animation, Comédie De Dimitri Planchon, Jean-Paul Guigue | Par Dimitri Planchon, Clémence Lebatteux Avec Léa Drucker, Jacques Gamblin, Timéo Beasse |



