Il fut un temps où Capcom, en manque cruelle d’idées après le départ de certaines de ses têtes créatives – Atsushi Inaba, Shinji Mikami, Hideki Kamiya et Yusuke Hashimoto, les hommes derrière des chefs d’oeuvre tels que Resident Evil, Okami ou Devil May Cry, partis former le studio Platinum Games – croyait que l’avenir du jeu vidéo se trouvait dans les productions de plus en plus coûteuses et standardisées des studios américains. Resident Evil 6, sorti en 2012, est le fruit de cette pensée.
Après avoir entamé une mue de plus en plus marquée vers l’action au milieu des années 2000 avec les épisodes 4 et 5, la série abandonne pour de bon (ou presque) le survival horror pour Resident Evil 6. Déployé autour de quatre récits entremêlés aux quatre coins du monde (mégalopole chinoise, Europe de l’Est, Washington DC,…), le jeu joue la carte de la surenchère : sept protagonistes jouables, dont trois binômes, et surtout le retour de quatre personnages iconiques (Chris Redfield, Leon S. Kennedy, Ada Wong, Sherry Birkin) ; durée de vie doublée par rapport aux standards de la saga (25 à 30h environ) ; armées de zombies à abattre (que dis-je ? A massacrer) ; phases de gameplay démultipliées (du RE classique pour Léon et Helena au TPS bourrin de Chris et Piers, en passant par les courses-poursuites, Nemesis-like, de Sherry et Jake, l’infiltration d’Ada et les différentes séquences véhiculées).
Pas moins de 650 personnes (chiffres officiels) ont travaillé sur ce jeu, pour offrir l’expérience ultime de Resident Evil, ou plutôt un maxi best-of (dans le sens Mcdonald du terme, bourratif et peu savoureux). A vouloir copier la concurrence occidentale, jusqu’à insérer des séquences de tirs en couverture – ratée – et des personnages ultra bavards à la Gears of War et Naughty Dog (l’enfer des communications radios), Capcom a réalisé une parodie de TPS moderne, aux contrôles laissant à désirer (les personnages sont des tanks), bourrée de QTE atroces et de séquences crispantes (le parachute, la poursuite sur l’autoroute, la motoneige, les phases sous-marines). L’histoire, centrée autour de faux semblants (Léon accusé du meurtre du Président des Etats-Unis, Ada accusée de… tout), de bioterrorisme à grande échelle, de guerres et de révélations débiles (le segment des deux népo Sherry Birkin et Jake “Wesker” Muller), est un gros gloubiboulga à laquelle la série, pourtant très kitsch et baroque, ne nous avait pas habitué.
Un désastre ? Resident Evil 6 a au moins pour lui d’introduire la faculté de se déplacer en plein tir, des mises à mort graphiques originales (si votre jauge d’endurance le permet), des décors époustouflants (la mégalopole de Lanshiang) et quelques passages inspirés (la campagne de Léon et Helena). Le jeu devient même presque fun (et jouable) en mode coop, justifiant – un peu – le virage pris par Capcom depuis le cinquième épisode. Pour la peur on attendra encore quatre ans.



