[CRITIQUE] LOVING de Jeff Nichols

Qu’est-ce qui pourrait sauver l’amour? Un homme blanc est épris d’une femme noire, qui lui retourne le même amour, au point qu’ils veulent se marier. Eh bien, qu’ils se marient! direz-vous. Rien de plus naturel – sauf qu’il est blanc et qu’elle est noire dans l’Amérique ségrégationniste de 1958. L’État de Virginie où les Loving ont décidé de s’installer les poursuit en justice: le couple est condamné à une peine de prison…

Black or white. Est-ce en raison de sa ténuité que Loving est passé sous le radar au dernier Festival de Cannes où il concourait pour la Palme d’or? Personne (ou presque) ne s’est extasié devant et tout le monde (ou presque) l’a oublié le lendemain de sa projection. Pourtant, elle est loin d’être anodine, cette histoire de rêve américain! Cette utopie que partagent Richard et Mildred fantasmant à quoi ressemblerait leur vie idyllique là, sur ce terrain où ils aimeraient construire leur maison. Ils sont loin de se douter qu’ils vont en fait se retrouver en première ligne d’un combat judiciaire long d’une décennie qui s’achèvera le 12 juin 1967 sur un arrêt emblématique de la Cour suprême (Loving contre Virginie) et qui a ébranlé la société américaine en déclarant anticonstitutionnelle la loi prohibant les unions entre Blancs et Noirs. Avec le recul, on se dit que Richard et Mildred Loving sont des héros un peu oubliés de la lutte contre la ségrégation raciale – les manuels scolaires ayant plutôt consacré Martin Luther King ou Rosa Parks. Et que leur histoire méritait bien d’être racontée par l’un des meilleurs cinéastes américains actuels.
Que Loving sorte chez nous après la victoire à la présidentielle de Donald Trump, qui a attisé les réflexes identitaires durant sa campagne, montre que le combat est loin d’être terminé. A bien des égard, cela donne lieu à un film fort regardable, propice à séduire un très large public. D’autant que le casting est excellent: Ruth Negga et Joel Edgerton interprètent tout en retenue une Mildred et un Richard qui ne sont ni militants ni intellectuels, mais opposent leur logique terrienne et leur amour aux arguties juridiques qui les dépassent. Seulement, comment se contenter du « plus gentil » et du « moins réussi » des longs métrages de Jeff Nichols? Impossible, bien sûr.
Du coup, difficile de ne pas masquer sa frustration en sortant de la salle. La déception de voir, soudain, un auteur aussi doué et singulier que lui obéir à un genre un peu poussiéreux du based on a true story, à cette fameuse ligne claire et classique évoquant parfois la veine classique et un peu ronronnante de Clint Eastwood. Les qualités de fabrication sont indéniables. Mais, pour nous, rien à faire, l’intérêt de Loving se révèle plus sociologique que cinéphilique. Pendant plus de deux heures, aucun éclair de génie, aucune vision de folie: Jeff Nichols ne nous surprend jamais. Du moins pas comme à l’époque de Shotgun Stories (où aucun coup de feu n’était tiré), de Take Shelter (où un simple « ok » voulait tout dire face à l’imminence d’une catastrophe), de Mud (où Matthew McConaughey s’imposait grand comédien) ou encore de Midnight Special (où un enfant avait un super-pouvoir). De lui, on attend toujours plus; cette fois, il nous a juste offert moins que prévu.

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Date de sortie 15 février 2017 (2h 03min) / De Jeff Nichols / Avec Joel Edgerton, Ruth Negga, Marton Csokas / Genres Drame, Romance / Nationalités Américain, Britannique[CRITIQUE] LOVING de Jeff Nichols
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