« Dead by Dawn » de Dawid Torrone sur Shadowz : le théâtre des morts mal nés

Il existe une mélancolie particulière à contempler les ruines d’un film qui aurait pu prétendre à quelque grandeur, cette tristesse fade qui saisit le spectateur devant un naufrage esthétique où tout semblait pourtant réuni pour qu’advienne sinon le chef-d’œuvre, du moins l’œuvre singulière et mémorable. Dead by Dawn de Dawid Torrone incarne parfaitement cette tragédie moderne du cinéma de genre, celle d’un premier long-métrage qui se noie sous le poids de ses ambitions désordonnées, étouffé par cette ivresse référentielle qui transforme l’hommage en pillage et la cinéphilie en nécrophilie.

Le principe est séduisant : cette contamination du réel par la fiction, ce basculement progressif où le jeu théâtral devient invocation démoniaque, mais Torrone commet l’erreur fatale de ne jamais choisir son camp, d’accumuler les strates narratives jusqu’à l’indigeste sans jamais creuser aucune d’entre elles avec la profondeur nécessaire. Possession diabolique, tueur en série dérangé, théâtre hanté par ses spectres, visions prophétiques, rituels occultes, et même un décor de Noël oublié dans un coin du cadre comme un vestige embarrassant d’une intrigue abandonnée en cours de route : tout s’entasse dans un fatras conceptuel où chaque idée annule la précédente, où rien ne respire ni ne trouve sa résolution.

Plus navrant encore, Torrone cède à cette manie contemporaine de la citation servile, reconstituant avec un soin maniaque l’empalage oculaire de Zombi 2 de Lucio Fulci, la possession arboricole d’Evil Dead ou la chorégraphie morbide du Suspiria de Guadagnino, comme si reproduire les scènes iconiques du passé pouvait miraculeusement insuffler du génie à son propre film. Résultat : on joue à reconnaître les références comme dans un épisode des Simpsons, et chaque hommage devient aveu d’impuissance. Pendant ce temps, les véritables trouvailles du film, ces détails inquiétants glissés dans des conversations jetables, comme ce public entier terrassé par des crises cardiaques lors d’un spectacle de reptiles trente ans plus tôt, sont sacrifiées au profit de meurtres d’une banalité consternante.

Reste cette prétention philosophique qui suinte par tous les pores du film, ces tirades sur l’industrie du divertissement réduite à produire du contenu plutôt que de l’art, ou cette diatribe finale du tueur sur l’humanité ingrate qui gaspille la vie en fuyant les merveilles naturelles. Propos intéressants isolément, certes, mais qui, venant autant des victimes que du bourreau, ne font qu’ajouter à la confusion générale, à ce sentiment diffus que Torrone avait mille choses à dire sans avoir pris le temps d’en penser une seule jusqu’au bout. Dead by Dawn sombre ainsi dans les limbes de ces films avortés qui témoignent moins d’un manque de talent que d’une absence cruelle de discipline.

1h 27min | Epouvante-horreur
De Dawid Torrone | Par Dawid Torrone
Avec Sylwia Boron, Monika Frajczyk, Adam Machalica

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