Nous avons demandé à des journalistes et des cinéastes dans quelle mesure le cinéma de Nicolas Roeg avait bouleversé leur parcours de cinéphile. Réponse de Jérémie Marchetti.
«Avec Ken Russell et Peter Greenaway, Nicolas Roeg faisait vraiment partie de cette génération de réalisateurs anglais fous ayant marqué l’histoire du cinéma par leur inventivité et leur poésie. Il y a vraiment chez eux une idée de liberté et de sensualité qu’on trouve très difficilement aujourd’hui. Roeg était un maître du montage: ses films ressemblent parfois à un puzzle qu’on a essayé de reconstruire à la hâte, comme des souvenirs heurtés, des rêves aussi. C’est comme s’il était passé de l’autre côté du miroir. De toutes les choses marquantes de Ne vous retournez pas, il y a cette formidable scène d’amour montrant Donald Sutherland et Julie Christie s’étreindre tout en se rhabillant en parallèle ; dans L’homme qui venait d’ailleurs, Roeg s’amuse à multiplier l’idée à l’infinie. Il filme la baise comme un combat, puis comme un ballet, comme une découverte de l’autre, puis comme un ride extatique où on se tire dessus avec de faux pistolets. La question quant à la représentation du sexe n’est plus de «Je montre? Ou je ne montre rien?» mais «Comment ?». C’est une donnée qui n’intéresse plus personne au cinéma, ou si peu. C’est très curieux aussi de voir comment la carrière 80’s et 90’s de Roeg a été enterrée, marquant d’ailleurs une grande collaboration avec Theresa Russell. Ces films-là sont devenu rares, ignorés, jusqu’à son dernier. Au milieu il y a Les sorcières, une adaptation de Roald Dahl qui est peut-être une de ses rares œuvres de commandes. Il s’efface là-dedans, mais ça reste un spectacle joyeusement bizarre, qui est devenue une référence camp 90’s au même titre que La mort vous va si bien ou Les valeurs de la Famille Addams.»

