[VITE VUS 🔴] « Venom 2 », « L’homme de la cave », « Barbaque »…

Séances de rattrapage pour Venom 2: Let There Be Carnage de Andy Serkis, L’homme de la cave de Philippe Le Guay, Barbaque de Fabrice Eboué.

Tom Hardy reprend le costume de Venom dans Venom 2: Let There Be Carnage () de Andy Serkis (cinéma). Soit le second volet de la star prétendument complexe de l’univers Marvel qui passionne tant les jeunes ados (ces derniers ne pourront pas tous le voir, le résultat étant, assez inexplicablement d’ailleurs, interdit aux moins de 12 ans). Le personnage de journaliste qu’il incarne tente de relancer sa carrière en se rendant en prison pour interviewer le tueur en série Cletus Kasady, lui aussi hôte d’un symbiote qué s’appelerio Carnage. A la mise en scène, Andy Serkis, le monsieur motion capture ayant joué Gollum dans Le Seigneur des anneaux et Cesar dans La Planète des singes, succède à Ruben Fleischer, et c’est à peu près le seul changement par rapport au premier. Pas question de modifier la formule gagnante de Venom numéro 1 ayant connu un succès commercial colossal (pas loin de 854 millions de dollars de recettes mondiales et ce pour un budget estimé à 100 millions). Et, hélas, aucune volonté de rectifier le tir. Chaque séquence de ce symbiote versus symbiote est un monument patapouf de paresse où tout semble désaccordé, dans une ambiance d’humour bizarre où tout tombe à plat, où tout le monde a conscience que c’est du grand n’importe quoi pyrotechnico-naze tout en expérimentant vaguement à vide. Ce n’est pas très sérieux pour un film ayant coûté la bagatelle de 110 millions de dollars (!) et s’octroyant les services du chef-opérateur Robert Richardson (collaborateur de Tarantino et Scorsese). La musique de Marco Beltrami Beltramise trop. Les acteurs, faute d’être bien dirigés, font le service minimum pour échapper aux Razzy Awards: Woody Harrelson est sympa mais joue au Carnage avec la conviction du pneu crevé d’un camion, Michelle Williams a la même expression pendant tout le long métrage et Tom Hardy (dont la chute commence à être préoccupante) en Eddie Brock/Venom est content de payer ses factures. Le bon acteur qu’il est pionce confortablement et semble attendre dans son coin que tout le monde se mette réellement au travail – peut-être avec Morbius (2021). Quant à Andy Serkis, prière de rester devant une caméra à l’avenir.

On était plutôt curieux de voir L’homme de la cave () de Philippe Le Guay (cinéma). Le cinéaste abandonne le registre des comédies avec Fabrice Luchini (Les femmes du 7e étage, Alceste à bicyclette…) pour retrouver les zones d’ombre de son excellent Trois huit, en 2001. Un trouble rapport SM moral entre deux hommes (le génialement terrifiant Marc Barbé, vu jusqu’ici en serial-killer de Sombre de Patrick Grandrieux et le commodément victime Gerald Laroche) où le bizutage un peu lourd virait au harcèlement mental. Un film à ranger quelque part dans les étrangetés du cinéma français entre La meilleure façon de marcher de Claude Miller et Noir et blanc de Claire Devers. Meme veine sombre pour L’homme de la cave. Soit un homme apparemment accordé avec l’existence (François Cluzet, intense) qui achète à un couple de bobos (Jérémie Rénier et Bérénice Bejo, bonjour l’angoisse) une cave pour y entreposer ses archives. En fait, il s’y installe, parce que cet ancien prof d’histoire n’a pas les moyens de vivre ailleurs: le paria a été radié de l’Education nationale parce qu’il est un négationniste doublé d’un complotiste. Excellente idée que de montrer comment ce monstre s’introduit, avec ses idées noires ressassées, dans un quotidien familier, comment ses idées d’égouts finissent par remonter à la surface et par pourrir tout un immeuble et ses habitants. Et ce, dans une atmosphère où sourd le fantastique.  Le problème, c’est que l’illustration est laborieuse avec une mise en scène de téléfilm: ça sonne parfois comme un épisode de cette émission culte baptisée Le jour où tout a basculé, où de très mauvais acteurs rejouent des fait-divers et qui se regarde avec éclats de rire garantis. On se dit que c’est un peu dommage d’être aussi léger avec des sujets aussi brûlants et contemporains que ceux explorés ici (l’antisémitisme, le complotisme…). A cela s’ajoutent des dialogues explicatifs, des personnages outrés et un final pas très subtil. On en ressort un peu déçu, mesurant l’écart, pour ne pas dire le gouffre, entre un sujet réellement bien senti sur l’époque actuelle (encore un film avec du connard qui dit de la merde en toute impunité) et le manque d’ampleur du résultat qui, on le comprend bien, a cherché à attraper le plus de monde possible par le col et l’a fait avec peut-être trop de politesse dans le respect des conventions. Beaucoup de nos confrères ont cité Le Locataire de Roman Polanski pour faire des liens. C’est bien trop écrasant, mais on comprend pourquoi, c’est ce fantasme de film malaise qu’on aurait voulu voir, il aurait fallu un réalisateur comme le Polanski de cette époque-là n’ayant peur de rien, ni de la noirceur ni de la bouffonnerie ni de toucher du doigt le fond baroque de la folie ordinaire pour éveiller les pires monstres et réveiller toutes les consciences endormies.

Signalons enfin la sortie de Barbaque (★★) de Fabrice Eboué (cinéma) dont la présentation à L’étrange Festival suggérait qu’on y voyait des choses inhabituelles dans le paysage cinématographique français. Et, en effet, c’est bien le cas. Un couple de bouchers (Fabou et Marina Fois) ont un commerce comme leur couple: en crise. Leur vie va basculer le jour où le mari tue accidentellement un vegan militant ayant saccagé leur boutique. Pour se débarrasser du corps, il en fait un jambon que la femme va vendre par mégarde. Et le pire, c’est que la viande humaine marche. Une comédie gore, donc, avec Christophe Hondelatte en guest-star. Vous l’aurez compris: on est par conséquent plus proche de la veine politiquement incorrecte de Delicatessen que de Soleil Vert. On saluera l’audace d’Eboué de dynamiter le terrain pour le moins mou (euphémisme!) de la comédie française, en prolongement trash de ses précédents Case Départ (2011), Le Crocodile du Botswanga (2014) et Coexister (2017). Un geste d’autant plus amusant qu’il s’agit d’un petit braquage en bonne et due forme, comme lorsque Dupieux avait fait Steak avec StudioCanal ayant filé des millions, les yeux fermés, sur les noms de Eric et Ramzy. On s’étonnera donc de la présence de TF1 en tant que co-producteur d’une jolie atrocité qui ne devrait jamais être diffusée en prime-time (peut-être au détour d’une nuit à une heure du matin? À surveiller dans deux-trois ans). On déplorera une dimension caricaturale que rien ne vient réellement brusquer (c’est parfois sur des rails et, par conséquent, plein de raccourcis) et une mise en scène fonctionnelle, pour ne pas dire « sitcomesque », sur un sujet nécessitant une forme encore plus audacieuse.

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