« The Holy Boy » de Paolo Strippoli : de l’horreur à tâtons qui ne tient pas ses promesses

Figure solide d’un certain renouveau du fantastique italien, Paolo Strippoli (dont on verra le nouveau film L’Estranea à la Mostra de Venise) s’aventure avec The Holy Boy au cœur d’un petit village de montagne aux côtés de Sergio, enseignant hanté par son passé. Un terrain dont la quiétude ne trompera que peu d’accoutumés au genre, d’autant plus à la découverte d’un rituel hebdomadaire : les habitants se rassemblent autour de Matteo, un adolescent que l’on dit capable d’absorber la douleur des autres. Le projet fait alors peu de doute quant à son ancrage dans son époque : il suffit de sa captivante séquence d’introduction pour voir là convoqués les poncifs d’une elevated horror, entre cadres et mouvements millimétrés, photographie léchée au possible et tendance au malaise des corps.

Peu original dans l’exercice, et souffrant de fait du caractère saturé et désormais programmatique de la mouvance, le long-métrage tire pourtant de ses effets parfois pompiers, à commencer par sa très grossière aberration chromatique, un savant soin du tempo, modelant peu à peu une aura lancinante. Froideur et contraste appuyés noient alors progressivement les lieux dans l’obscur, habillant le petit village d’un voile d’étrangeté, d’autant plus intéressant qu’il dépasse régulièrement l’angoisse pour verser dans l’onirique. Là se trouvent, malgré le caractère tangiblement fabriqué des images, les fondations d’un trouble bien réel.

C’est donc à tâtons que l’on explore d’abord le petit village de Rémis, au fil d’un récit profondément instable tonalement comme narrativement, son écriture-fleuve refusant un objectif limpide au profit d’une errance dépressive, laissant la place à l’inattendu. Les visions étranges s’accumulent autant que les séquences a priori futiles, voire nonsensiques, trouvant dans ce tempo déroutant les germes d’un épais mystère. Difficile malheureusement pour Paolo Strippoli de tenir la distance lorsque la répétition de cet étrange glisse du touffu vers l’ennui, l’ambiance peinant à prendre. En dédoublant ses points de vue sans toujours laisser de miroir se tendre entre eux, l’instabilité initiale devient un mécanisme plus artificiel qu’organique, la faute à des personnages secondaires trop peu solides pour ne pas donner l’impression d’un récit qui s’éparpille plus qu’il ne s’épaissit.

Sergio, pourtant protagoniste à l’origine, devient alors symptomatique de cette complexité échouée dans la confusion. Figure captivante de névrosé âpre qui détonne dans le genre, laissant l’étrange venir de sa normalité aliénée plus que de l’environnement rural, il se dissipe finalement assez rapidement, sans que le cinéaste ne parvienne à le délaisser pour autant. Naît ainsi un tiraillement désagréable entre une relation touchante avec le jeune Matteo et l’impression d’un personnage qui tourne à vide tant il est artificiellement gardé au centre d’un récit qui s’en détache pourtant pour aller vers d’autres. Les personnages passionnants de noirceur jaillissent certes parfois, mais trop épisodiquement pour trouver la noirceur vénéneuse recherchée et dépasser le littéral vers le mystique. L’escalade finale du récit en est l’exemple le plus patent, ces deux heures frustrantes de métrage manquant à la fois de temps pour approfondir les maux de chacun et de matière pour éviter de tourner en rond, laissant aboutir à l’impression d’un édifice trop morcelé. Les violences individuelles sont là, mais le système, le grand mal, est presque absent, laissant l’impression d’un objet trop petit pour son costume, mais qui n’attend que de le remplir, et aurait sans doute trouvé meilleur accomplissement au format sériel.

Reste qu’il y a, au centre de tout ça, un jeune personnage passionnant, Matteo, réceptacle des traumatismes individuels et collectifs du village autant que d’une métaphore limpide de ce mal qui ronge, bouillonne et rejaillit en bas de l’échelle par des violences adultistes. Au-delà de l’angoisse, dont le film ne cesse de faire varier les rivages, se dessine dans ce personnage une représentation touchante de la construction adolescente au cœur de la toxicité. Quand le poids du monde écrase et pousse à n’exister que pour les autres, expérimenter le monde devient un processus bien imparfait et violent, y compris dans le désir naissant, aussi poétique qu’intoxiqué. Enfin affranchi des codes d’une elevated horror qui l’encombre, Strippoli laisse apercevoir, au centre de son joyau encore trop brut et poussiéreux pour véritablement briller, la tendresse d’un regard dont on ne peut qu’attendre le plein épanouissement plus singulier.

2 septembre 2026 en salle | 2h 02min | Drame, Fantastique
De Paolo Strippoli | Par Paolo Strippoli, Jacopo del Giudice
Avec Michele Riondino, Romana Maggiora Vergano, Roberto Citran
Titre original La valle dei sorrisi

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